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Quelle sera la place de la solidarité dans la réorganisation des territoires ?

Le 12 juin 2014 | Actualités - Tribunes -

Il y a quelques semaines, Camille Leroy, administrateur territorial et Eric Pliez, directeur général d'Aurore et président du Samusocial de Paris, interpellaient les nouveaux élus communaux sur la nécessité de dépasser les clivages politiques pour la construction d'un Grand Paris solidaire. 

Alors que le redécoupage des régions a été récemment annoncé, ils publient cette nouvelle tribune [sur le site LePlus du Nouvel Observateur] où ils appellent au maintien d'un bloc social au sein de cette réorganisation territoriale et à la mise en oeuvre d'une politique globale de solidarité.   

"Chefs de file de l’action sociale, les conseils généraux sont voués à disparaître. La question du millefeuille administratif qui préoccupe nos gouvernants serait donc en passe d’être réglée dans des délais assez rapides.

Pourtant, la question administrative est d'abord posée et traitée à travers le prisme de son coût et de son volume. Dès lors, on ne peut que regretter l’absence de propositions et de débats sur le fond.

Un risque de balkanisation de l’action sociale

Les conseils généraux ont innové et mis en œuvre des politiques socialement fondamentales et efficaces, notamment dans les départements populaires, mais ils n’ont pas pu empêcher le développement des inégalités territoriales.

Dans une période de crise profonde dont les conséquences sociales ne cessent de se démultiplier (crise du logement et de l’hébergement, précarité, chômage…), il est urgent de penser la réorganisation de l’action sociale.

Nous savons désormais que les départements doivent disparaître, mais que va devenir leur cœur de compétence (aide sociale à l’enfance, insertion, protection maternelle et infantile, service social, personnes âgées et handicapées…) ? C’est par cette question centrale qu’il faut, selon nous, amorcer la réflexion sur le millefeuille.

Nous sommes inquiets car le gouvernement envisage, par défaut, de faire éclater le bloc de la solidarité départementale en le transférant en partie aux régions, aux métropoles et même à des services de l’État. Cette balkanisation de l’action sociale serait sans aucun doute la pire erreur à commettre dans une période de grande souffrance sociale.

Le bloc social doit être renforcé

Nous défendons l’idée que la solidarité a besoin, pour être efficace, d’un seul chef de file en charge de l’ensemble de ces politiques indissociables. Nous pensons aussi que le bloc social doit être renforcé.

L’insertion ne peut être mise en œuvre efficacement sans être rattachée aux politiques de l’emploi et de la formation, respectivement dévolues à l’État et aux régions. Les questions de l’empilement des dispositifs, des guichets multiples, de la complexité des démarches administratives et de la concurrence des acteurs doivent enfin être abordées et résolues.

Conserver ce "bloc social" permettra de renforcer l’efficacité de l’action publique, de réaliser des économies importantes et surtout de simplifier la vie des millions de citoyens.

Nous savons bien que pour les usagers, le recours aux services sociaux relève du parcours du combattant. Les conséquences sont connues, 50% des personnes en droit de percevoir le RSA socle n’y ont pas recours et ce taux avoisinerait les 70% pour le RSA activité.

Des régions bien trop éloignées des habitants

L’équation est simple : il faut une institution suffisamment solide et puissante pour déterminer des priorités à des échelles métropolitaines et coordonner l’action sociale. Nous pensons que pour être efficiente, la solidarité doit cependant être mise en œuvre localement.

En cela, les régions sont bien trop éloignées des habitants et si les communes sont bien au contact des réalités locales, elles n’ont pas les ressources pour gérer le bloc social. C’est pourquoi nous pensons que la décision de supprimer les départements dans les territoires ruraux mérite sans doute d’être rediscutée.

En revanche, le Grand Paris répond parfaitement à cette double exigence puisqu’il sera déconcentré en territoires de 300.000 habitants, il semble donc être l’échelon idéal pour la reprise des compétences sociales des départements.

Parce que la souffrance sociale fragilise le pacte républicain, nous pensons qu’un Projet Social Métropolitain, symbole d’une volonté politique forte, doit être porté par nos élus avec pour objectif principal la réduction des inégalités territoriales.

Aller au-delà de la simple distribution d'allocations

Au fil des réformes, les acteurs de la solidarité se sont transformés en guichets distributeurs de prestations. Si nous défendons l’idée que le développement des droits sociaux (RSA, APA, PCH…) symbolise un progrès de notre société, il n’en demeure pas moins que le simple fait de distribuer ces allocations est insuffisant.

Pour assurer de véritables parcours d’insertion, il est indispensable de développer la mise en œuvre de politiques d’accompagnement, de mobiliser le secteur associatif et de prendre en compte les ressources des usagers en les considérant enfin comme des acteurs de leur parcours et non pas comme de simples "allocataires".

Nous, acteurs de la solidarité, défendons enfin l’idée que l’action sociale ne peut être efficace que si elle est en lien étroit avec les politiques d’aménagement du territoire et de logement et d'hébergement.

C’est donc bien sur ce triptyque que doivent reposer le Grand Paris et les métropoles françaises."

Camille Leroy, et Eric Pliez

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