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Aurora et les familles arrivent à destination

Le 03 janvier 2014 | Actualités - Témoignages -

Marie Sainte-Marie est de retour (vous l'aviez découverte avec ses "Chroniques d'une assistante sociale"). Elle revient avec une nouvelle histoire, celle des "vacances d'Aurora", une marionnette qui découvre ce que sont les vacances ; ou comment l'imagination de cette assistante sociale de trois résidences sociales du pôle Habitat d'Aurore a permis de donner l'envie et le courage nécessaire à huit familles pour concrétiser leur projet vacances.  

"Les personnes que j’accompagne se disent souvent que la joie de vivre, les projets pour une vie vraiment meilleure, ou même « comme tout le monde », ce n’est pas pour eux, qui en sont au stade de la survie au quotidien. Alors leur parler de vacances, c’est aussi éloigné de leurs préoccupations que l’est le pôle sud !"

Résumé de l'épisode 3 : Aurora fait sa première valise... Marie doit l'aider un peu car c'est la toute première fois qu'elle part en vacances...  

Partie 4 : L'arrivée au Croisic

Samedi 10 août. 8 heures et demi devant « La Marne ». Il fait 17° et tout le monde est prêt… Enfin presque : Karima se fait attendre un bon quart d’heure alors que c’est elle qui voulait partir à 8 heures…

C’est la seule photo que nous avons le temps de prendre à la gare. Karima est très angoissée et met la pression à tout le monde car elle a peur de rater le train. Elle a beaucoup de mal à attendre que toutes soient passées avec leurs bagages par le portillon spécial. Alors elle part en avant avec Aïcha et elles disparaissent. Encore une fois, tout le monde les attend puis on décide finalement d’aller sur le quai du métro. C’est là qu’elles réapparaissent : en voyant toute la troupe sur le quai d’en face, Karima se rend compte qu’elles partaient en sens inverse ! Arrivés à la gare Montparnasse, c’est un peu la cavalcade : composter les billets, trouver les 3 autres familles, remonter tout le convoi pour arriver jusqu’au bon wagon, jouer des coudes pour monter dans le train, trouver la bonne place…

A 10 heures 50, le train part avec tous les vacanciers mais avant que Marie ait pu remettre à Anny, qui est arrivée à la gare à 10 heures, comme prévu et est déjà installée à sa place, un petit sac à l’effigie d’Aurore qui contient des douceurs pour le voyage. Aurora, bien que confortablement installée dans son sac sur le dos de l’une ou l’autre, est épuisée par ce véritable marathon et se dit que, pour le moment, les vacances, c’est vraiment une épreuve épuisante. Durant le voyage en TGV, pendant que les enfants font des dessins, Aurora en aurait bien profité pour regarder le paysage, mais comme elle s’est réveillée très tôt, elle s’endort. Quand elle rouvre les yeux, c’est le moment de descendre ! Mais le train a eu du retard et le bus est déjà parti. Il faut attendre, attendre…

Aurora est pressée de voir la mer. Elle tente bien de sauter du sac pour y aller en courant, à pattes, mais il y a 8 mamans vigilantes et elle est vite rattrapée et remise dans son sac.

Comme prévu, Marie-Marcelle est là pour accueillir les vacanciers à la descente du train. Elle rassure et aide tout le monde à patienter.

Enfin le bus arrive… mais…il est tout petit ! Là encore, il faut jouer des coudes pour que tout le monde puisse y entrer mais une partie des bagages part dans la voiture de Marie-Marcelle.

Et puis on arrive enfin. Là, c’est le domaine de Port aux Rocs

Aurora trouve que c’est très beau. Elle est très curieuse de voir comment les familles sont installées. Les chambres sont claires et spacieuses avec une belle salle de bain. Deux d’entre elles ont leurs fenêtres qui s’ouvrent sur l’océan. Celle de Minata est carrément en duplex et les filles se sont installées dans la chambre du haut. Mais Aurora trépigne d’impatience : elle trouve que les mamans mettent beaucoup de temps à s’installer. Les enfants aussi sont d’accord avec elle alors tout le monde va se baigner…et c’est drôlement bien et bon…  

La vie à Port aux Rocs s’organise tout doucement. Le matin, toutes les familles se retrouvent sur la terrasse pour prendre leur petit déjeuner au soleil. Au besoin, l’une ou l’autre maman aide Aurora.

Le midi et le soir, dans la salle de restaurant, les repas sont délicieux… Enfin, c’est ce que disent les familles parce qu’Aurora préfère aller brouter l’herbe dans le parc ou au bord de l’océan, une herbe délicieuse au bon petit goût salé.

Dans la journée, les enfants peuvent s’inscrire dans des ateliers. Pendant ce temps, les mamans vont se promener dans la ville, faire de la gymnastique, dehors ou en salle… Elles font du tir à l’arc, à la carabine, du kayak de mer, mais Aurora n’accompagne ni les enfants ni les mamans, elle est un peu triste car tout le monde à l’air heureux de faire des activités avec d’autres alors qu’elle est seule…  

Elle retrouve le sourire lorsque tous ensemble, en famille, ils l’emmènent au zoo voir d’autres bêtes, comme elle… C’est vrai qu’il y a toutes sortes de bêtes : des bêtes à plumes, courtes sur pattes qui ne se déplacent qu’en bandes…D’autres toutes de plumes roses vêtues, haut perchées sur des échasses…

D’autres à la peau lisse qui vivent dans l’eau… Certaines au poil ras, grandes à taches rousses vivent en bonne harmonie avec des petites à rayures noires et blanches… Ou même des noires à cornes. Mais elles regardent Aurora d’une drôle de manière qui ne lui plait pas bien… Et quand elle se retrouve en face de cette bête toute poilue… Même si elle lui fait son plus beau sourire, Aurora ne se sent pas du tout à l’aise. Certes, c’est une bête comme elle, mais elle se sent totalement différente, à force de vivre avec ces familles humaines. Chez les animaux, il y en a qui sont décidément plus « différents » que les autres !  

[Prochain épisode ] C'est l'apogée des vacances ! Et puis vient l'heure du retour dans les résidences pour Aurora et les familles, qui ont fait le plein de souvenirs.

Lire la présentation de Marie Sainte-Marie

 « C’est l’histoire de quelqu’un qui se bat pour qu’existe autre chose qu’une triste et fatale réalité. C’est l’histoire de quelqu’un qui apprend à voir au-delà des apparences pour mieux comprendre le monde. C’est l’histoire d’un départ en vacances, de rencontres sur le chemin, de moments partagés, et d’une fabrique de souvenirs. C’est une histoire qui dit qu’il n’est pas fou, celui qui se bat pour la beauté, la justice et la tolérance. Et qu’il n’est pas seul non plus... »

Depuis de nombreuses années, j’aide des personnes à accéder ou à rétablir leurs droits, à améliorer leur situation financière et professionnelle mais depuis quelques années, je me dis que, certes, tout cela est important mais l’essentiel n’est pas là.  

Le fait d’accéder à un logement autonome après des années d’hébergements précaires, amène souvent des larmes de joie sur les visages. Mais pas forcément la joie de vivre. Ceux que j’accompagne se disent souvent que la joie de vivre, le projet d'une vie vraiment meilleure, ou juste « comme tout le monde », ce n’est pas pour eux. Eux, ils en sont au stade de la survie au quotidien. Alors leur parler de vacances, c’est aussi éloigné de leurs préoccupations que l’est le pôle sud !  

Dans une autre vie, pas si lointaine que ça, mon mari et moi, jeunes parents agriculteurs, survivions avec moins que le RSA d'aujourd’hui. Ce sont pourtant les « vacances » qui nous permettaient de tenir, de continuer le projet de vie que nous avions choisi. Puisque nous n’avions pas les moyens d’envisager une formule type « Club Med » il nous a fallu faire preuve d’imagination pour pouvoir offrir à nos enfants de vraie vacances. Nous nous sommes interrogés sur ce que c’étaient, pour nous, des « vacances » : c’était faire autre chose, se décaler du quotidien, sans pour autant l’oublier.  

Pour nous, cela s’est traduit par l’installation d’une tente au bord de la rivière, à quelques centaines de mètres de la maison. Les enfants, dorés comme des pains d’épice, y ont vécu pendant 2 mois comme des sauvageons pendant que nous continuions de travailler la journée. Mais le soir, nos patates étaient cuites sous la braise et nous nous endormions la tête sous les étoiles, bercés par les bruits de la nuit (le hululement des hiboux, le craquement des branches, les courses des cerfs, des renards et des sangliers). Ces vacances là ont très fortement contribué à développer chez nos enfants le sens de l’imagination, de la débrouillardise, la capacité de trouver en eux les moyens de surmonter leurs peurs, la faculté de relativiser, de faire "comme si", de rêver à une vie différente, non pas en enviant celle des autres mais en expérimentant autre chose. Ils y ont gagné en autonomie et dans leur souvenir, elles sont une référence de liberté, de joie de vivre et de bonheur.  

Nos difficultés de vie de l'époque n’étaient guère différentes de celles dans lesquelles se débattent les familles que j’accompagne aujourd’hui en résidence sociale. En général, je commence à parler de vacances vers le début du mois de mars, par petites allusions, sans insister, puis, en avril, je propose une réunion des résidents pour parler plus précisément de leurs projets ou au moins de leurs envies. Chaque année je m’étonne du peu de personnes qui s’autorisent à faire des projets de vacances, malgré la proposition de financer ces projets par l’intermédiaire de l’ANCV.  

Cette année, j'ai voulu faire des propositions un peu différentes, telles que des séjours dans des familles d’accueil d’agriculteurs, ou partir tous ensemble…. Rien, aucune réaction… ! Il y a de quoi être quelque peu désappointée. Ce n’est pas le bagne que je leur proposais, juste des vacances…. ! A défaut de m’appuyer sur leurs regards, le mien est tombé sur la marionnette d’un mouton qui décorait mon bureau.... J’ai mis la main sous sa tête et dès lors, parce que j’étais profondément convaincue que cette médiation permettrait la libération de la parole, c’est elle qui a « parlé ». Elle a dit qu’elle ne savait pas ce qu'étaient des vacances ; que ça lui faisait envie mais aussi peur, qu'elle cherchait quelqu'un pour lui expliquer et puis l’accompagner.

Alors, ce que les résidentes n’avaient pas osé me dire, elles le disaient sans retenue à la marionnette. Grâce à cette idée ce sont 11 familles, soit 32 personnes au total, qui se sont laissées séduire par l’idée de surmonter leur peur pour partir ensemble en vacances avec cette petite agnelle qu’elles ont appelée Aurora. Finalement 8 familles, (2 familles ont préféré des vacances individuelles), soit 20 personnes ont concrétisé ce projet.

Parce que je n’avais pas respecté un protocole dont j’ignorais l’existence, je n’ai pas été autorisée à accompagner les familles. Si, au début, je l’ai ressenti comme une sanction personnelle qui risquait de compromettre le projet des familles, très vite, après avoir obtenu l’assurance qu’elles ne trahiraient pas leur promesse d’emmener Aurora au bord de la mer, je me suis dit que mon absence, en ne les stigmatisant pas, était une opportunité pour elles de vivre une expérience de familles « normales », dans un centre de vacances « normal ».

A voir les photos, les sourires sur tous les visages, je me dis que j’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé : apporter un peu de joie de vivre et constituer une réserve de souvenirs dans lesquels puiser pour faire face aux moments difficiles qui eux, n’ont pas disparu pour autant. Si le départ en vacances a permis aux familles de se décaler des difficultés du quotidien, le retour a bénéficié du dynamisme enclenché et a abouti, pour la totalité des familles, à un désir de changement et pour la plupart à un résultat positif (relogement, reprise ou début d’un emploi ou d’une formation).

Je constate, une fois de plus, que lorsque les gens sont bien dans leur tête, ils trouvent l’énergie pour faire eux-mêmes les démarches nécessaires à l’amélioration de leur vie. Autant de démarches que je n'aurai pas à impulser, encourager, rappeler moi-même... et parce que je considère la paresse comme un art de vivre, je m’en trouve tout à fait satisfaite au niveau professionnel !

 

Marie Sainte-Marie  

Mots clefs associés : Personnes accueillies   
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