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Interviews croisées du comité scientifique d'Aurore

Le 30 mai 2013 | Actualités -

Le groupe, qui s'est progressivement mis en place, est aujourd’hui composé de salariés d'Aurore, d'un responsable de maraude bénévole, d'un sans abri stabilisé mais sans ressources propres et de différents intervenants tels que Louis Moreau de Bellaing, sociologue, Monique Sélim, anthropologue, Wenjing Guo, anthropologue doctorante en situation d'enquête, Olivier Douville, psychanalyste.

Il est animé par René Dias, ancien chef de projet en politique de la ville à Clichy Montfermeil, et devrait s’enrichir rapidement de nouvelles personnes. Le groupe avait l’honneur d’accueillir également Robert Castel, sociologue, décédé en mars 2013. Présent dès l’origine, ses compétences et son éclairage ont beaucoup apporté au comité. Nous tenons à lui rendre ici hommage. 
 

René Dias, pouvez-vous nous en dire plus sur les origines du comité scientifique d’Aurore ? 

René : Aurore a invité des intellectuels à se pencher sur la question du travail des maraudes. Nous ne voulions pas nous cantonner à des spécialistes, mais plutôt mêler les éclairages particuliers de personnes de terrain, de professionnels comme de bénévoles. Personnellement, le sujet m’a interpellé en tant que phénomène social.

Dans un premier temps le groupe s’est interrogé sur la pratique même de la maraude, le fait « d’aller vers » devenu pour un certain nombre d’intervenants publics, Plusieurs professionnels ont été interviewés, puis des membres de différentes associations et des bénévoles du 15ème arrondissement où Aurore assure un travail de coordination. En parallèle, nous avons rassemblé plusieurs études chiffrées.

Nous avons voulu en vérifier le postulat et interroger l’utilité sociale de la Maraude. Cela a permis de constater par exemple qu’un certain nombre de pratiques permet aux sans abri d’habiter la rue de manière moins inconfortable. Mais nos premiers travaux n’ont pas pu répondre à la question de l’utilité sociale de la maraude. Ils ont souilgné en revanche le fait que les personnes sans abri appartiennent à des réseaux, avec des stratégies propres. Ces échanges ont également mis en lumière la richesse des regards croisés des intervenants et la richesse de la parole des sans abri eux-mêmes. La question de l'utilité sociale de la "maraude" comme celle des différents dispositifs mis en place à leur intention ne semble pas pouvoir être abordée sans leur participation et a minima leur écoute.  

Quels sont les objectifs poursuivis par le comité scientifique ?

Le projet du comité est de deux ordres. Il consiste à comprendre le regard que les différentes catégories de personnes et de structures – intervenants professionnels ou bénévoles, structures publiques ou privées – portent les unes sur les autres. La méthode consiste à déterminer un terrain d'étude délimité, le XVème arrondissement, dans lequel il devrait être possible d'étudier ces représentations. Une doctorante en anthropologie, Wenjing Guo, a été engagée pour mener l'étude et être au centre de l'échange entre les différents intervenants du comité scientifique.  

Monique Sélim, anthropologue et directrice de recherches à l’Institut de recherches pour le développement.

Vous avez intégré il y a plus d’un an le comité scientifique d’Aurore qui travaille autour de la question des actions menées en direction du public SDF. Pourquoi avoir accepté l’invitation de l’association ?

Monique : Mon engagement politique au sens large du terme a influé sur ma décision : je suis membre d’une société, j’ai envie de déchiffrer ce qui se joue dans cette société, voir comment elle se transforme et comment les positions de différents acteurs sociaux changent. Je pense que le travail social est un lieu central pour saisir ces mutations. On peut dire que le travail social est un analyseur. Quand René m’a proposé de rejoindre ce comité scientifique, j’étais d’autant plus intéressée que durant les trente dernières années j’ai travaillée dans des pays lointains et c’était pour moi une reprise de contact avec les enjeux sociaux de la France actuelle soumise à une crise de plus en plus importante.  

Que vous apporte le comité ?

Qu’est ce que j’espère y apporter aussi ! On est plusieurs dans ce comité, et ce qui est absolument passionnant, c’est qu’on est tous dans des trajectoires et des positions de travail différente : position d’intervention, d’observation, d’analyse… cela nous donne la possibilité de mettre en œuvre une intelligence collective, supérieure à nos usages intellectuels personnels.  

L’une des caractéristiques du comité est donc la complémentarité des regards portés par chaque membre.

René Dias : En effet. Par exemple, Louis Moreau de Bellaing a beaucoup travaillé sur le phénomène sdf. Alors que quelqu’un comme Olivier Douville a écrit, sur l’adolescent en rupture, en fugue, sur les enfants de la rue en Afrique.

Monique Sélim : Ce qui est intéressant avec Wenjing Guo, la chercheuse qui travaille avec nous, c’est la recherche de terrain mais aussi la documentation qu’elle nous apporte et sur laquelle nous réfléchissons ensemble.

Le nombre des thèses sur les SDF est très important. J’ai compris en discutant avec elle et en regardant les travaux que l’intérêt de ce comité est aussi de faire la somme de ces recherches, d’essayer de voir les différentes postures intellectuelles et d’adopter une position adéquate, qui les dépasse, celle qui nous parait en tous les cas la meilleure pour produire des connaissances.

René Dias : Il faut produire de la connaissance et ceux qui peuvent analyser ça, c’est quand même avant tout ceux qui vivent la situation. Il faut restituer leur parole.

Rencontre avec Daniel Krulik

Vous avez connu un temps d’errance et vous êtes justement membre du comité scientifique des maraudes.Pour quelles raisons avez-vous accepté d’intégrer ce comité ?

Mon expérience de la rue m'a amenée à constater à quel point le système d'assistance aux personnes de la rue est dysfonctionnel  et souvent très destructeur pour elles. Aussi, participer à une réflexion susceptible d'amener une amélioration à cette situation m'a paru très important.  

Que pensez-vous apporter au comité ?

Il me semble que les années que j'ai passées à la rue, les personnes que j'y ai connues et avec lesquelles j'ai vécu, échangé et partagé des expériences difficiles me donnent une vision de  première main que je suis le seul à avoir dans le comité scientifique et qui doit pouvoir enrichir ses travaux.  

Quelles premières analyses tirez-vous du travail du comité ?

J'ai été heureux de constater en suivant les débats du comité, qu'après avoir fait une analyse globale critique des pratiques des organismes qui opèrent dans ce champ social que je partage tout à fait, nous nous engageons, particulièrement avec les travaux de terrain dans le 15ème de Wenjing, dans des analyses plus fines qui nous permettent de circonscrire, d'affiner et de nuancer notre analyse.  

Quelles sont pour vous les perspectives du groupe 2013 ?

Daniel Krulik : J'espère que nous aboutirons en 2013 à un document détaillant nos constats qui servira de support à des recommandations sur ce qui doit changer dans l'action des organismes sociaux du secteur, selon des principes et actions concrètes définis à partir des travaux du comité scientifique.

René Dias : Sans doute agrandir le groupe avec d’autres bénévoles, des personnes sans abri. On a besoin de ces paroles là. Pour que ce groupe continue, nous avons besoin de prendre contact avec d’autres expériences comme nous l’avons fait en allant à Marseille. Il faut qu’on fasse venir des gens qui provoquent un intérêt.

Monique Sélim : Je vois trois objectifs : la recherche, l’investigation anthropologique, que mène Wenjing et qui nous apporte des matériaux. Le fait qu’elle soit chinoise est très important, son propre regard est déjà décentré.Le deuxième niveau c’est le partage autour d’expériences, les échanges. Enfin, le troisième niveau, et ça on ne l’a pas encore entamé, c’est de faire des séances sur les textes qui sont produits aujourd’hui sur le sans abrisme.

Et là-dessus, Wenjing a fait un travail énorme de documentation. J’aimerais beaucoup qu’elle nous présente un court résumé pour alimenter une séance, et qu’on discute des positions. L’analyse de la documentation, la discussion sur les positions, l’investigation anthropologique et le rapport avec les gens qui partagent des expériences de ce type, tout cela représente un travail important.  

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