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Des familles pour accueillir des personnes atteintes du VIH

Le 01 juin 2014 | Actualités - Témoignages - Portraits -

Depuis 2005, à Nantes, des familles accueillent chez elles des personnes malades du VIH ou d'une Hépatite pour un temps de repos. Une expérimentation unique en France, appelée famille-relais, gérée par l’Entr’act d’Aurore.

Nous vous proposons de la découvrir sous 3 angles :

  • ici, celui de Marie personne malade
  • celui de Claudie, coordinatrice (pour lire, cliquez ici)
  • celui des familles accueillantes (pour le lire, cliquez ici)

Marie est arrivée en France il y a 8 mois, malade et épuisée. Au départ complètement isolée, elle a pu trouver chez Pierre et Françoise une parenthèse salvatrice, tant physiquement que psychologiquement. Quelques mois après avoir quitté le domicile de sa Famille-Relais, elle revient sur cette expérience. 

« Quand on a découvert ma maladie, ça a été un choc pour moi.»

Marie a la trentaine. Douce et posée, il lui tenait à cœur d’exprimer sa gratitude quant aux 4 mois qu’elle a pu passer chez une famille nantaise. « Je suis arrivée en France en mars 2013, pour échapper à mon mari violent. A mon arrivée à Nantes, je ne connaissais personne et j’étais sans abri ». Bien que sa situation soit déjà précaire, Marie apprend un mois plus tard une nouvelle lourde de conséquences : elle est atteinte du VIH. « Ma maladie a été découverte ici, cela m’a traumatisée car je ne m’y attendais vraiment pas ». Alors hébergée d’hôtel en hôtel, Marie n’a pas la possibilité de se poser et l’insécurité de ses conditions de vie impacte son état de santé qui se dégrade: « Quand je suis stressée, tout est chamboulé, la maladie revient en force. Je change, je maigris… Deux mois après mon arrivée en France, je suis « tombée ». J’étais trop fatiguée, déprimée… C’était le chaos. J’ai été admise à l’hôpital et j’y suis restée plusieurs semaines ». A l’hôpital, Marie rencontre une assistante sociale qui prend contact avec Claudie, coordinatrice des familles relais d’Aurore, laquelle ne peut que constater la fragilité physique et psychologique dans laquelle se trouve la jeune femme. Quelque temps plus tard, et après divers entretiens préparatoires, Marie emménage chez Pierre et Françoise, une des six familles collaborant au dispositif d’Aurore.  

« Ils m’ont vraiment sortie de ma solitude »

Bien que Marie soit soulagée à l’idée de disposer d’un lieu d’accueil pour 6 mois, les débuts dans cette famille sont déconcertants : « Quand je suis arrivée dans la famille j’étais vraiment déboussolée : il y avait la maladie, la différence de culture, et plein d’autres choses… Et puis je suis timide de nature… Du coup, j’étais toujours à l’écart dans ma chambre, je ne parlais pas. » Mais, au fil des jours, la famille va instaurer un vrai climat de confiance et de partage avec Marie : « Ils m’ont vraiment sortie de cette solitude, c’était leur but, me parler, m’aider surtout, à me poser et à retrouver un équilibre ». Grâce à cette relation, Marie parvient enfin à parler de sa maladie, chose qu’elle n’avait jusqu’alors faite qu’avec les professionnel medico-socio la suivant : « A table on discutait tout le temps, et c’est grâce à ça que j’ai eu le courage de parler de ma vie, de mon passé, de mon arrivée en France… et même de ma maladie. »

En plus de trouver une oreille attentive lui permettant d’évacuer les tensions liées à sa maladie, Marie reprend confiance en elle et se reconstruit peu à peu auprès de ses hôtes: « Françoise et Pierre ont une très grande famille. A chaque fois qu’on faisait un dîner, la table était grande et j’étais la seule africaine alors j’étais un peu gênée. Mais Françoise me plaçait juste à côté d’elle, me présentait, me faisait parler… Elle faisait en sorte que je sois à l’aise, que je me sente comme l’une des leurs. Et ça, ça m’a beaucoup marquée. Elle m’a vraiment ouvert toutes les portes ». Au final, cette expérience se révèle être pour Marie un cadre sécurisant qui l’encourage à regarder vers « l’après » : « J’avais une famille, j’étais surveillée. Bien-sûr je ne suis pas une gamine, mais c’était cadré, ils faisaient en sorte que je mange sainement… J’avais vraiment besoin de ça à ce moment là. » D’autant que, tout au long de son hébergement, Marie reste en contact étroit avec Claudie, la coordinatrice du dispositif, qui s’assure que tout se passe bien : « Elle est en contact permanent avec la personne accueillie et la famille. Et ça c’est vraiment rassurant ».  

« J’ai vraiment repris confiance en moi, j’ai retrouvé un équilibre»

En janvier 2014, soit 4 mois après son arrivée chez Pierre et Françoise, Marie parvient à décrocher un appartement de coordination thérapeutique, grâce aux démarches que son assistante sociale entreprend en parallèle. S’il s’agit d’une solution adaptée à ses besoins médicaux, ce déménagement sonne néanmoins comme un déchirement pour Marie : « Quand je l’ai su, ça a été un vrai choc pour moi parce que je m’étais habituée à la famille, je m’y sentais bien. Le 6 janvier, le jour de mon déménagement, on est allés ensemble dans mon nouvel hébergement, il y avait Claudie aussi. On avait les larmes aux yeux.»

Marie habite seule depuis maintenant 4 mois dans son appartement, pour lequel elle verse une petite participation financière chaque mois : « Si je pouvais, je payerais plus. Ce que je recherche, ce n’est pas un hébergement gratuit. J’aime travailler et être indépendante financièrement. Même au pays, avec tous les problèmes que j’avais, je me débrouillais. Mais pour l’instant, je ne gagne que 300 euros par mois et je ne peux pas me priver plus que je ne le fais déjà. » Si Marie apprend peu à peu à ré-envisager l’avenir, il ne fait nulle doute que Françoise et Pierre seront présents dans celui-ci : « On se voit beaucoup. Ils sont vraiment là pour moi ».    

Ce témoignage a été repris et diffusé dans son intégralité par le site "Le Plus" du Nouvel Observateur.
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