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Aurore reagit à la proposition du Ministre de donner les plats cuisines au cheval aux personnes en difficulte

Le 01 mars 2013 | Actualités - Tribunes -

Eric Pliez, directeur général d'Aurore, réagit à la proposition du Ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, qui souhaite redistribuer les plats cuisinés à la viande de cheval qui font scandale depuis quelques semaines.   

Quel drôle de débat… Bien sûr qu’il ne faut pas jeter à la poubelle de la viande qui est comestible et que nous aurions servi dans nos assiettes, sans aucun effet négatif sur notre santé, si les Anglais ne s’étaient pas étranglés en réalisant qu’on leur faisait manger du cheval ! Nous sommes bien d'accord, les produits incriminés sont mangeables. Et pourtant, dans la proposition faite par Benoît Hamon jeudi de redistribuer aux associations caritatives les produits "au cheval" retirés de la vente, il y a quelque chose qui nous met vraiment mal à l’aise, nous qui travaillons auprès des personnes les plus démunies.

 

Ce qu'on estime impropre à la consommation des uns, serait donc assez bon pour les autres ?

Ces produits sont comestibles, mais ils sont retirés de la vente. Ils ne sont pas laissés en rayon avec l'étiquette "mélange de viandes" ou "contient de la viande de cheval" ou « minerai »... Parce que tous les industriels de l’agroalimentaire et de la grande distribution savent par avance que ces produits resteront sur les gondoles, dans les rayons, que personne ne les achètera. Au nom de la traçabilité exigible bien sûr, et aussi au nom de l’image qu’ils portent désormais : celle de la mal bouffe. Sans parler des fantasmes que cette affaire a déclenchés (revoyez le film Soleil vert !).

Alors, ce qui choque le plus dans cette annonce de Benoît Hamon, même des gens qui, enfants, mangeaient de la viande de cheval (moins cher, moins grasse, plus gouteuse ...), c'est que cette production alimentaire dont personne ne veut, finalement, pour les pauvres, fera l’affaire... Les pauvres, eux, n’en sont pas à regarder ce qu’ils mangent. Si déjà ils mangent… Cette vision-là de la pauvreté n’est pas la nôtre. Les pauvres, même les plus exclus, ceux qui recourent aux Restos du Cœur et aux distributions alimentaires, ont leurs goûts, leurs envies, leurs habitudes alimentaires. Et les mamans qui vont dans les épiceries solidaires veulent ce qui est bon pour leurs enfants. L’inquiétude sera la même pour elles que pour l’ensemble de la population. Elles aussi veulent savoir ce qu’elles mettent dans les assiettes.

 

Le retour dans le circuit alimentaire via les associations caritatives à un goût de rance

Tels les vendeurs de produits périmés (mais souvent encore consommables) des "marchés de la misère", cela signifierait la reconnaissance d’un second marché pour les pauvres. La France est-elle tellement en faillite pour le faire? La diminution du budget européen consacré à l'aide aux plus démunis (PEAD), ne peut justifier cette proposition. Va- t-on supprimer une part des subventions de l’Etat pour l'aide alimentaire en contrepartie? Les Français sont- ils moins généreux pour que les restaurants du cœur doivent en arriver à redistribuer ces produits?

 

A Paris, Aurore sert chaque jour 1500 repas

Nous le faisons dans des "restaurants sociaux" ou les gens sont assis, mangent chaud et dans de bonnes conditions. Pour cela nous sommes soutenus par les pouvoirs publics et la ville de Paris. On parle ici de dignité humaine mais aussi d'accompagnement vers l'insertion. Au restaurant Santeuil, 580 repas par jour sont préparés et servis par des travailleurs handicapés, à des parisiens en difficulté. A Montreuil nous ouvrons une épicerie solidaire, où, en proposant des produits alimentaires à bas prix, nous travaillerons aussi sur la qualité des produits et le "mieux manger".

Avec la décision de redistribuer aux associations caritatives les produits jugés inappropriés à la consommation des citoyens ordinaires, les pouvoirs publics créent de fait des citoyens de seconde zone. Et entrainent les associations caritatives vers un rôle de videurs de poubelles. 

Eric Pliez

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