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Aurore experimente l'accueil rapide de sortants de prison en situation d'addiction

Le 11 mai 2012 | Actualités - Tribunes -

Aurore gère l'une des quatre unités d'accueil rapide pour personnes sortant de prison, en situation d'addiction. Une prise en charge qui évolue au fil de l'expérimentation et qui se construit autour d’une prise en charge collective.  

 

Une structure spécialisée pour éviter la rue aux sortants de prison

Les unités d'accueil rapide sont nées en 2010 d'un appel à projets lancé par la MILDT et la Direction Générale de la Santé, fondé sur le constat que parmi les publics les plus exclus figurent les personnes sortant de détention et souffrant d’addictions. De fait, le cumul des problématiques conduit à les exclure le plus souvent des dispositifs « classiques » de sortie de prison (de type CHRS) cette situation étant aggravée par l’absence de préparation à la sortie de détention.

L'Unité d'accueil rapide en 2011

  • 82 personnes ont été prises en charge
  • 24 patients ont séjourné 3 mois et + soit près de 30% de notre file active
  • Pour l’un d’entre eux, le séjour a été 7,5 mois. Il a ensuite été orienté vers un appartement thérapeutique,
  • 72 personnes sont sorties du dispositif, donc 23 vers des structures médico-sociales de soins, ou spécialisées dans l'accueil de sortant de détention,
  • La consommation des résidents

Travailler sur les conséquences de la détention et l’addiction

Le public accueilli au centre résidentiel a le plus souvent connu un parcours de prison entrecoupé d’allers-retours à la vie civile. « Certains ont passé jusqu’à 17 ans cumulés en détention » explique Marie-Anne, la pharmacienne attachée à l’établissement. Les problématiques liées à la détention ne sont par ailleurs pas que sociales, et on sous-estime les conséquences physiques (perte du champ visuel, problèmes d’audition) et psychiques (la promiscuité et le fonctionnement de la prison entraînent des troubles de la mémoire, des problèmes de repères dans le temps) liés à ces séjours prolongés dans l’univers carcéral, et qui constituent un frein important à une mobilisation vers un projet d’insertion.

« La plupart d’entre eux a commencé à consommer autour de 13 ou 14 ans et ils sont encore dépendants actifs lorsqu’ils arrivent au centre » ajoute la pharmacienne.

Nous sommes loin de l’image qui voudrait que ces usagers soient sevrés en prison, et d’une consolidation du sevrage au CTR ! En effet la consommation reste problématique au sein de l’unité, où commence en fait à s’élaborer une démarche de soins.

 

Trois mois de vie au centre résidentiel

Le centre résidentiel est en fait un sas où pendant trois mois les bénéficiaires peuvent se préparer à intégrer des structures où l’hébergement est plus stable mais les critères d’admission plus exigeants. « Nous avons souhaité que l’unité rapide d’accueil puisse bénéficier au plus grand nombre de personnes sortant de prison. C’est pourquoi le temps de prise en charge est court », explique Morad Fennas, directeur adjoint du service. Il précise « A l’année, les autres unités d’accueil rapide reçoivent environ 40 personnes. Nous en recevons entre 80 et 100 ».

Donner aux résidents tous les outils pour préparer leur insertion en un laps de temps aussi court nécessite un planning intensif : le centre propose tous les jours de la semaine un planning « psycho-dynamique » d’ateliers auxquels les résidents sont obligés d’être présents (la participation effective n’est pas toujours obligatoire). C’est le contrat qu’ils passent avec le service à leur arrivée : « On a choisi d’être ici et on a accepté les règles du jeu » explique en souriant l’un des résidents « Si je veux, je peux partir demain ». Ce rythme leur donne ainsi des repères spatio-temporels qui les mobilisent tout au long de la journée et permet d’optimiser le travail sur leurs problématiques.  

L'après unité rapide d'accueil

En général les sorties de l’unité rapide d’accueil pour sortant de prison se font vers :

  • des CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale) : hébergement d’une durée de 6 mois renouvelable une fois, qui permet la construction d’un projet d’insertion.
  • des ACT (Appartement de Coordination Thérapeutique) : il s’agit d’unités d’hébergement, généralement individuelles, qui accueillent des personnes en situation de précarité et malades chroniques.
  • des Appartements Thérapeutiques : ces appartements hébergent de façon individuelle des personnes dont la consommation de psychotropes est arrêtée ou stabilisée. Un accompagnement médical, social et éducatif leur permet d’apprendre à vivre dans un logement autonome et de consolider leur projet d’insertion.
  • des Communautés Thérapeutiques : hébergement collectif pour des usagers de drogues qui visent l’abstinence. L’équipe pluridisciplinaire s’appuie sur une dynamique de groupe pour travailler l’abstinence.
  • des Centres Thérapeutiques Résidentiels : lieu de soin, avec hébergement collectif de 6 mois, renouvelable une fois, prenant en charge des personnes toxicomanes, après leur cure de désintoxication.
 

Trois degrés de préparation : apprendre de ses souffrances

Le mardi matin, les résidants se réunissent dans le salon de la grande maison qui accueille l’unité avec Marie-Anne, la pharmacienne, et Anne-Sophie, l’infirmière, pour l’atelier « observance du traitement ». Un sujet sensible pour des résidents qui débutent une démarche de soins. On y parle à bâtons rompus et sans tabou des produits et des médicaments, de leurs effets sur leur corps, leur esprit et leur santé ainsi que des traitements pour y remédier.

Aujourd’hui, on aborde les TSO (les Traitements de Substitution aux Opiacés), autrement dit Méthadone et Buprénorphine : Anne-Sophie a préparé un diaporama pour expliquer le déroulement du traitement, son effet, la façon de le gérer. « Ils pensent que démarrer un traitement va avoir un effet immédiat et systématiquement positif. Hors, pour qu’elle agisse, la méthadone demande 4 ou 5 jours au cours desquels une sensation de manque peut survenir, puis il faut trouver le bon dosage... »

Cet atelier leur permet d’en savoir plus sur les effets et conséquences des produits qu’ils consomment, ainsi que des traitements. En les informant correctement sur ces étapes incontournables, l’équipe vise à éviter qu’un engagement dans le soin ne se transforme en échec par manque d’information. Il permet aussi d’aborder les pratiques de consommation et d’utilisation des traitements, dans une perspective de réduction des risques, et de prévention des maladies infectieuses.  

Le photo-langage

L’atelier photo-langage peut lui aussi être un moment douloureux. Animé par la psychologue et l’une des éducatrices spécialisées, il permet d’aborder leur vie carcérale passée. « Le sujet est particulièrement pénible alors nous alternons avec des thématiques liées à la vie en générale. » explique Christelle, la psychologue.

Méthode élaborée en 1965, le photo-langage a pour objectif de faire émerger un lien entre l’image et la parole. Les résidents s’expriment sur les thèmes de la honte et de la fierté, de l’innocence et de la culpabilité, la violence en prison ou leur place au sein de l’unité. Les participants sélectionnent deux photos parmi 50, qu’ils associent au thème du jour, puis ils expliquent leur choix au groupe. Ce moment est particulièrement important car c’est celui de l’interaction, de la confrontation aux autres résidents.

«Ils ont pour premier reflex de tout intérioriser. Avec le photo-langage, l’image est support de la parole. Et lorsque les choses sont trop difficiles à formuler, la photo peut aussi faire écran, cela permet de ne pas trop se mettre en danger » explique Christelle. Ces images font ressortir de profonds questionnements ou des souvenirs douloureux qui doivent être verbalisés pour être acceptés puis travaillés (parfois individuellement avec la psychologue) afin de permettre aux résidants d’avancer.

 

Réapprendre à prendre du plaisir

Parmi la dizaine d’ateliers existant, la photographie, le sport et le théâtre, au-delà des bienfaits qu’on leur connaît (l’expression à travers la photographie, le travail sur le rapport au corps et le dépassement de soi pour le sport ou comprendre la notion de rôle au sein d’une pièce, devenir acteur de sa propre vie pour le théâtre) ont surtout pour objectif de leur faire vivre un moment agréable.

Sébastien est l’éducateur sportif qui organise les ateliers : « Ils sont très en demande de sport, j’essaie de leur proposer des activités qui sortent de l’ordinaire. L’escalade par exemple est un très bon outil. Peu accessible en général, ce sport sollicite toutes les parties du corps et procure du plaisir assez rapidement. Et lorsque le groupe le permet, je fais en sorte qu’un résident assure celui qui grimpe, car c’est aussi un moyen de matérialiser le lien et la confiance envers l’autre ».

« Nous cherchons aussi à ce que les ateliers leur fassent simplement du bien, pour qu’ils redécouvrent la notion de plaisir » explique M. Fennas. C’est l’occasion de faire expérimenter aux résidants la possibilité de passer un moment agréable, faire éprouver de multiples sensations nouvelles à opposer aux effets répétitivement identiques des substances psychoactives.  

 

Apprendre à éviter les risques

D’autres ateliers, s’appuyent sur les TCC (techniques cognitivo-comportementales) et s’appliquent à modifier des comportements problématiques. L’atelier « Affirmation de soi », ou encore l’atelier « Gestion de la consommation », co-animé par la psychologue et le médecin, utilisent cette méthode et peuvent se présenter sous la forme de jeux de rôle. Pour Christelle, la psychologue, « en étant acteurs, ils comprennent et mémorisent mieux nos messages ».

L’un des résidents endosse le rôle de Jacques, qui a pour habitude de sortir acheter une bière au supermarché et d’aller la boire au parc. L’objectif des TCC est de modifier l’une des étapes de ce processus pour tendre à faire disparaître ce comportement. Pour éviter que Jacques ne boive tous les après-midi, le groupe fait alors des propositions telles que développer une autre occupation (ménage, lecture) ou ne plus faire ses courses seul, etc….

Ces techniques d’évitement, les résidents les travaillent aussi dans l’atelier « Affirmation de soi », où ils apprennent à refuser une proposition. Un acte qui peut nous sembler anodin mais qui, pour ces usagers si proches des consommations, est parfois bien difficile à accomplir.

Grâce à ces TCC, ils intègrent des mécanismes permettant à la fois de regagner certaines compétences sociales (savoir vivre en groupe, se comporter face à l’autre…) mais aussi apprennent à prévenir les situations à risques, comme éviter leurs lieux habituels de consommation lors de leur première sortie du centre ou éviter les risques d’overdose.

 

Un groupe et des individus…

Tout au long du séjour au sein de l’unité, les résidants vivent en groupe. Ils gèrent la maison au quotidien : ménage, courses, cuisine. Tous les ateliers se déroulent également en groupe. « Il est aussi question de sociabilisation durant ces trois mois car, en prison, le rapport à l’autre est souvent un rapport de force, violent et source de conflits. » explique la psychologue.

Pour Agathe Bouillet, directrice de l’établissement, le groupe est un outil, au même titre que les ateliers : « se confronter aux autres résidents, a un effet miroir. Vivre en communauté permet de réapprendre à négocier le plus paisiblement possible avec l’autre et à chercher le compromis. » Malgré la prédominance du collectif, les projets des résidants sont eux bel et bien individuels. « L’autre versant de notre mission est le recouvrement des droits (très souvent inexistants à la sortie de détention) et les démarches administratives en lien avec la sortie du dispositif » explique Morad Fennas, « le projet d’insertion est travaillé individuellement, même si le groupe contribue à sa construction. L’objectif est qu’il corresponde vraiment aux besoins de la personne pour qu’elle avance sur le long terme ».

 

…auxquels il faut sans cesse s’adapter

Parce que les groupes évoluent au fil des départs et des arrivées de nouveaux bénéficiaires, parce que les relations entre les résidants se transforment avec le temps, l’équipe éducative doit sans cesse s’adapter. Si les ateliers restent les mêmes (TCC, photo-langage, sport, vie en communauté,…), c’est dans la façon de les construire que les professionnels s’ajustent à ces changements. Les outils mis en place par l’équipe évoluent aussi au fil de l’expérience, tout comme les trois autres unités de France. Trois d’entre elles se rencontrent régulièrement pour échanger sur les publics, la possibilité d’une porte d’entrée commune, les outils et les pratiques mises en place. Car elles cherchent toutes à s'adapter aux contraintes du terrain pour apporter leur contribution à l’objectif qu'elles partagent : lutter contre la sur-exclusion.

Préparation à la sortie de prison...

En 1945, la prison avait « pour but essentiel l’amendement et le reclassement social des condamnés». Depuis 1999, la création des SPIP (Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation) a permis la prise en charge d’environ 60 000 personnes détenues en fin de peine. Des Conseillers Pénitencier d’Insertion et de Probation (CPIP) travaillent à leur réinsertion et les accompagnent à leur sortie. Cependant, le nombre de CPIP étant nettement inferieur au nombre de détenu (un conseiller pour 80 à 100 personnes dans certaines maisons d’arrêt), près de 30%* des détenus se retrouvent sans argent, sans emploi et sans abri à leur sortie, du fait.

* source : http://prison.eu.org

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