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Aurore décrit l'intérêt des salles de consommation à moindre risque

Le 06 février 2013 | Actualités - Tribunes -

Alors que les salles de consommation à moindre risque avaient suscité il y a deux  ans de nombreux débats, la première expérimentation vient d'être autorisée à Paris. François Hervé, Directeur du pôle Addictions Santé-Précarité nous décrit ce que sont ces nouveaux dispositifs, leurs contraintes et leurs intérêts.   

L'autorisation d'ouverture de la première salle de consommation à moindre risque vient tout juste d'être délivrée. Comme leur nom l’indique, les salles de consommation sont des lieux où peuvent se rendre des usagers de drogues pour injecter (ou parfois inhaler ou fumer) dans des conditions d’hygiène et de sécurité satisfaisantes, un produit, souvent illicite, qu’ils y apportent, et ce sous la surveillance de professionnels.  

 

Des centaines de personnes consomment dans des conditions susceptibles d’aggraver leur situation

Si pour certains ces salles représentent une démission des pouvoirs publics voire un encouragement à consommer des drogues, pour d’autres elles semblent s’apparenter à une solution ultime pour réduire les risques liés aux usages de drogues. Nous considérons quant à nous qu’il faut dans ce débat se garder de tout simplisme.

Posons d’abord le problème. En dépit des politiques publiques de prévention, de réduction des risques et de soins qui concernent des dizaines de milliers de personnes, quelques centaines ou milliers de personnes consomment des drogues dans des conditions susceptibles d’aggraver leur situation : ce sont des usagers en début de dépendance, non inscrits dans des dispositifs de soins ou de réduction des risques, des personnes en situation de rechute au détour d’un traitement et surtout des personnes en situation de grande exclusion, associée ou consécutive à leur consommation de drogue.  

Pour les premiers, permettre de rebondir ; en effet, la situation de consommation dans un lieu où se tiennent des professionnels n’est pas neutre : on n’y est pas seul et la présence de professionnels autour de cette consommation permet, sans le forcer mais en y étant disponible, que s’engage un dialogue et un questionnement. Pour les autres, les plus désinsérés, qui ne peuvent s’inscrire dans un cadre de soins ou de réduction des risques « classique », de tels lieux permettent de ne pas aggraver leur situation sanitaire et sociale et parfois de leur tendre une perche et de les accompagner vers des soins.  

 

L'expérimentation des salles de consommation nécessite un consensus entre tous acteurs

 

Soulignons aussi que du point de vue de la sécurité publique, l’existence de tels lieux tend à « fixer » les usagers, qui s’injectent moins dans les caves, les rues, les halls d’immeuble… En la matière, sécurité publique et santé publique devraient être alliées…

Pour autant il ne faut pas sous-estimer les difficultés. Elles sont à plusieurs niveaux :
  • Le premier, c’est que les usagers y apportent des substances illicites, ce qui demande une assise juridique claire du statut de ces services.
  • Le deuxième tient à l’environnement, car si ces lieux sont d’autant plus utiles qu’ils sont à proximité des lieux de deal, le voisinage est le plus souvent hostile à leur implantation.
  • Le troisième tient à la gestion même du lieu et la pression des usagers (par ailleurs, rien ne les oblige à venir y consommer leur produit…).
  • Le quatrième tient à l’éthique et chaque équipe impliquée dans ces actions doit s’interroger sur quelques situations susceptibles d’être rencontrées : que faire avec l’usager en manque, que faire face à un usager qui viendrait faire sa première injection, entre information et réalisation jusqu’où va l’aide à l’injection, etc...

Cela souligne combien le développement de salles de consommation supervisées nécessite un consensus et un partage d’objectifs, en particulier entre les services répressifs, les riverains, les acteurs de prévention et de soins d’un territoire…  

Malgré ces difficultés, il nous apparaît cependant que ces lieux répondent aujourd’hui à un besoin. D’une part, parce qu’on connaît dans quelques grandes villes des concentrations de consommateurs que les professionnels peinent à atteindre, faute de proposition attractive, et que l’on ne peut continuer à opposer santé publique et sécurité publique. D’autre part, parce que l’existence même de tels lieux indique aux usagers, en particulier les plus isolés, que la société se préoccupe d’eux, qu’ils comptent.

Et c’est parfois - souvent ? - parce qu’on existe pour quelqu’un qu’une démarche de changement peut s’engager. C’est pourquoi le pôle Addictions Santé-Précarité de l’association soutient, avec ses partenaires, le développement expérimental de ces dispositifs.

François Hervé Directeur du pôle Addictions-Santé Précarité de l'association Aurore

Mots clefs associés : Addiction   
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