Accueil > Pôle accueils, santé, précarité > Visite de la MILDECA à la Communauté thérapeutique d'Aubervilliers
Illustration WP id=24754

Visite de la MILDECA à la Communauté thérapeutique d'Aubervilliers

Se construire une nouvelle vie sans produits

Le 31 août 2016 | Actualités - Témoignages - Evénements -

Cet été, Danièle Jourdain Menninger, présidente de La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) est allée à la rencontre des résidents et de l’équipe pluridisciplinaire de la Communauté thérapeutique d’Aurore à Aubervilliers (93). L’occasion de revenir sur ce modèle spécifique et innovant d’accompagnement des problématiques d’addiction.

 

Le groupe au cœur du processus thérapeutique et d’insertion

« Nous travaillons auprès de personnes dépendantes aux produits psychoactifs, accueillies ici dans une perspective d’abstinence. C’est la seule communauté thérapeutique en France implantée dans la ville, ce qui permet une confrontation à la vraie vie – avec ce que ça comprend de tentations – mais aussi des opportunités d’insertion grâce à un bassin associatif local important », explique Valère Rogissart, Directeur territorial des activités d’Aurore en Seine-Saint-Denis.

Cette communauté place le groupe au cœur du processus thérapeutique et d’insertion, et la bienveillance, l’entraide et le dialogue y sont des outils fondamentaux pour prévenir les risques de rechute. Au sein de la communauté, les résidents ont le temps de se poser, non seulement pour développer leur démarche d’abstinence, mais aussi pour réfléchir à ce qu’ils souhaitent faire de cette nouvelle vie, sans produits, qui se profile.

Ainsi, les journées sont rythmées d’ateliers et groupes d’expression, des espaces de parole entre résidents auxquels l’équipe – composée en partie de personnes ayant  connu de telles problématiques d’addiction -, les proches ou encore les anciens résidents participent.

« Je suis arrivée ici avec un sac plein de pierres. Ici, je les retire une à une, pour pouvoir repartir avec un sac le plus léger possible », se confie Linda, qui fêtait ses dix mois d’abstinence à l’alcool le jour de la visite.

Yann, un autre résident, s’emploie lui aussi à se construire un nouvel équilibre de vie : « C’est un luxe que d’avoir du temps pour se soigner. L’accompagnement est individualisé et adapté à chacun d’entre nous pour prévenir la rechute, et c’est très rassurant. Ce n’est pas facile de faire preuve de discipline et de bonne volonté mais le groupe y aide beaucoup. Je passe de très bons moments ici mais il y a aussi des moments très difficiles, car je me confronte à mes problèmes et les autres m’y confrontent aussi. Or, mon fonctionnement ça a toujours été la fuite, par la consommation de produits entre autres. »

 

Un lieu accueillant où se reconstruire et prévenir la rechute

L’admission à la communauté thérapeutique nécessite un sevrage au préalable, mais les traitements de substitution y sont acceptés, de même que la rechute n’entraine pas l’exclusion. « La rechute, c’est presque un outil de travail pour nous, car il faut la comprendre pour l’empêcher », explique Lilian qui, arrivé sous traitement à la méthadone, est aujourd’hui totalement sevré. Et Susie Longbottom, chef du service, d’acquiescer : « On est sans cesse en train de travailler sur la prévention de la rechute ».

 

Le temps de séjour, d’une durée d’un an renouvelable une fois, se structure en 4 phases correspondant à l’évolution de la situation de la personne et de son rapport à l’addiction : évaluation, immersion et découverte ; constat de la dépendance et expérimentation de l’abstinence ; responsabilisation et prévention de la rechute ; et enfin autonomisation et la réalisation du projet individuel. « J’ai eu du mal a accepter le fait que j’étais malade, que la drogue ce n’est pas quelque chose de « cool » et qu’elle me détruisait. J’ai mis du temps à passer en phase 2, mais cette phase m’a beaucoup aidé à régler mes problèmes, à m’ouvrir au monde extérieur. En ce moment je suis une formation pour devenir prof de cirque, un domaine qui me passionne, et j’ai été amené à m’occuper d’une classe d’enfants, c’était puissant ! », explique Valentin, benjamin de la communauté thérapeutique.

Après 18 mois de vie à au sein de la communauté thérapeutique, Lilian a lui aussi des projets : « Je suis venue visiter la communauté thérapeutique d’Aubervilliers à l’occasion de la journée d’information hebdomadaire, alors que je résidais dans communauté similaire en province. On m’a suggéré que ce serait bien que je vienne ici car je devais rentrer sur Paris  pour raisons personnelles et n’allais plus avoir aucun cadre. Pendant mon entretien, je leur ai dit qu’on ne toucherait pas aux médicaments. Pour moi, c’était impossible et ils l’ont accepté. Mais, petit à petit, j’ai constaté que les autres arrêtaient sans trop de peine, ça avait l’air de marcher pour eux. Donc j’ai moi aussi décidé d’arrêter mon traitement de substitution et aujourd’hui je ne prends plus rien. J’aimerais beaucoup aider les autres, mettre mon parcours à profit. Je fais beaucoup de bénévolat, je vais dans les hôpitaux pour parler de mon expérience. »

L’objectif est que les résidents puissent repartir en ayant des objectifs personnels (trouver un logement et/ou un emploi, renouer ou assainir les liens familiaux et sociaux etc…) qui formeront un rempart supplémentaire contre la rechute.

Quoi qu’il arrive, ils pourront garder le lien avec la communauté et soutenir à leur tour à des personnes moins stabilisées :

« Moi je quitte la communauté car j’ai trouvé un appartement, mais je reviendrai tous les jeudis pour le groupe de parole avec les anciens. » sourit Lydia, future-ex résidente.

     
Mots clefs associés : Addiction    Personnes accueillies   
Lire aussi

CAO dans les Deux-Sèvres

Le 1er juillet, Aurore s'est vue confier la gestion d'un centre d'accueil et d'orientation (CAO) situé dans les Deux-Sèvres afin...

Concert et vide grenier aux SAVS

Le 24 juin, les Services d'accompagnement à la vie sociale d'Aurore, qui accueillent à Paris une centaine d'adultes ayant un handicap...

En coulisses avec le Ferraillouz'band

"Explosion de couleurs" est le deuxième spectacle du Ferraillouz’band, formation de percussionnistes est composée de neuf résidents...

La campagne vécue dans les services

Comment les personnes en situation de précarité ont-elles vécu la campagne électorale ? Même sans accès au droit de vote, les...

Tous les articles sur ce thème