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Rencontre avec l'équipe de la maraude Est d'Aurore

Le 06 décembre 2012 | Actualités - Tribunes -

L’équipe de rue d’Aurore intervient au début du travail de réinsertion sociale. La maraude est en effet un travail de premier contact, mais surtout de contact régulier, avec les personnes à la rue et qui doit permettre de tisser un lien de confiance et d'apporter un mieux-être. L'objectif est toujours la sortie de rue. Nous avons suivi l’équipe de la maraude Est aux alentours de la Gare de Lyon et de la Gare d’Austerlitz, à la rencontre des exclus.    

 

9h10 - Place Henri Fresnay, 12e arrondissement : "Peut-être que ma présence va les gêner..."

J’arrive un peu en retard au local de la maraude Est, situé en face de la Gare de Lyon. Il fait froid, il pleut, j’appréhende cette journée. Et puis, comment vais-je être accueillie par l’équipe ? Je ne connais pas le monde de la rue, je ne comprends pas (encore) le travail au quotidien des travailleurs sociaux. Et les personnes qui vivent à la rue , comment vont-elles me percevoir ? Peut-être que ma présence va les gêner, on ne me connait pas, moi…

Moussa et Carole m’accueillent avec le sourire et répondent à mes questions qui viennent en vrac.

- Comment faites-vous si les personnes avec lesquelles vous entrez en contact refusent d’être aidées ?
- On ne les pousse pas à une réinsertion à tout prix. C’est là toute la difficulté du travailleur social : ne pas transposer nos préjugés sur les personnes qu’on rencontre, ce dont on pense que les gens ont besoin. L’objectif est plutôt de les amener à formuler une demande ou à effectuer des démarches de soin, d’hygiène ou pour se nourrir en autonomie : en bref, d’accompagner les personnes dans une démarche de mieux-être. Ce n’est pas tant un choix qu’une nécessité. On travaille ici depuis 16 ans : au début, c’était un accueil de jour, puis on s’est rendu compte qu’il fallait aller à la rencontre des gens qui vivaient dans la gare et qui ne font pas forcément la démarche de venir chercher de l’aide mais qui sont tout de même réceptifs quand on vient leur parler.  
 

9h30 – Maraude avec Carole et Moussa - Gare de Lyon et quai de la Râpée : "La Halte accueille près de 200 personnes par jour"

Pas le temps d’en dire plus, je pars avec Carole et Moussa direction la Gare de Lyon. A l’entrée se trouve un groupe de cinq hommes assis sur des bancs qui reconnaissent l’équipe et ont l’air content de nous voir. Ma première appréhension vole donc en éclat, moi qui craignais un contact difficile, des gens renfermés sur eux-mêmes qui refusent le dialogue.

Je discute un peu avec Nicolas et Moussa. Nicolas n’a pas le profil auquel je m’attendais : des vêtements propres, une jolie montre, une monture de lunettes en écailles… Nicolas a tout l’air d’un voyageur attendant son train. C’est en parlant avec lui qu’on comprend ce qui l’a mené à la rue : Nicolas souffre de schizophrénie et d’un délire de persécution. Il me parle de la puce qu’on lui a posée dans le ventre quand il était petit… Après 20 ans passés dans la rue, Nicolas vit désormais de façon autonome dans un studio du 14e arrondissement. Mais il ne lâche pas pour autant ses vieux copains qu’il vient voir quotidiennement Gare de Lyon pour partager une bière. Après avoir pris de ses nouvelles, nous continuons notre chemin.

A la sortie de la gare, nous rencontrons un jeune homme que l’équipe de Moussa ne connait pas encore. Carole et moi nous éloignons pour les laisser échanger dans l’intimité. Le jeune homme accepte notre aide, et nous l’accompagnons jusqu’à la Halte Mazas, un accueil de jour d'Aurore où il pourra se réchauffer, boire un café et prendre une douche. Laurie, assistante sociale, me raconte qu’en ce moment, la Halte accueille près de 200 personnes par jour, « mais ce nombre va augmenter avec le grand froid qui arrive. » Sur ces 200 personnes, il arrive fréquemment qu’aucune ne trouve une place en hébergement d’urgence, tant le système est saturé…  

 

14h – Maraude avec Sonia – Gare d’Austerlitz, Pont d’Austerlitz, Boulevard Saint Marcel : "...Le paradoxe de la rue : se regrouper pour être plus forts, mais devoir se séparer pour en sortir."

La maraude de l’après-midi nous mène vers le 13e arrondissement et la gare d’Austerlitz. « Nous allons voir un groupe, qui est plutôt bien organisé. Ils font des rondes, il y a toujours quelqu’un pour garder les affaires des autres pendant qu’ils se reposent », m’explique Sonia. Je reste en retrait, jusqu’à ce que Fred m’adresse la parole : « Il faut sourire, la vie est belle ! ». La glace est brisée.

Fred me raconte qu’il est à la rue depuis un mois et quatre jours, suite à des impayés de loyer. Un accident de parcours duquel il n’a pas pu se relever : pas le droit à l’erreur, il a été expulsé à la veille de la trêve hivernale. Fred a rencontré Marius et Pierre sur les bancs de la gare d’Austerlitz ; depuis, ils sont inséparables. Tellement qu’ils refusent d’être hébergés séparément. Or trouver trois places en centre d’hébergement d’urgence relève de la mission impossible, m’explique Sonia. C’est là le paradoxe de la rue : se regrouper pour être plus forts, mais devoir se séparer pour en sortir. Depuis peu de temps à la rue, Fred est volontaire, et mène toutes ses démarches de front pour s’en sortir : CAF, contacts avec diverses associations, soins et hygiène... 

Après leur avoir distribué des bons pour une bagagerie qui leur permettra de mettre leurs affaires en sécurité,  Sonia et moi poursuivons notre chemin boulevard Saint Marcel pour annoncer une bonne nouvelle à Momo, à la rue depuis plusieurs années : une place en centre de stabilisation s’est libérée pour lui. Cela représente plusieurs mois au chaud pour Momo qui, opéré du cœur, ne peut se permettre de passer un nouvel hiver dehors. Nous le retrouvons à sa place habituelle, là où il fait la manche. Toute sa vie est là, sur ce bout de trottoir. Valises, couvertures, mais aussi garde-manger : huile d’olive, moutarde, briques de soupe…

Quand Sonia lui annonce qu’elle lui a trouvé une place en hébergement pour le soir même, Momo lui répond d’un air désolé : « Déjà ? Je ne pensais pas que tu trouverais avant janvier. Je ne peux pas y aller, là, maintenant. Je suis trop faible, j’arrive pas à marcher. » Il remercie cent fois Sonia mais refuse la place en hébergement. Sa maison est ici, il est connu des riverains et des commerçants du quartier qui ne manquent jamais d’échanger quelques mots avec lui et de lui donner la pièce. Malade, il ne pourrait pas faire tous les jours le chemin depuis le centre d’hébergement pour faire la manche.

Sonia essaie de le convaincre que sa situation ne va pas s’arranger s’il reste ici, que sa santé va se dégrader, que rien n’aura changé d’ici janvier. En vain. Nous lui disons au revoir, Sonia énervée mais résignée, moi plutôt triste et pleine d’incompréhension. Comment quelqu’un qui a tant besoin d’un abri et de soin peut refuser cette bouée de sauvetage qu’on lui tend ? « Il ne faut pas calquer ton mode de pensée sur les personnes à la rue, m’explique Sonia. Ce que tu penses être bon pour elles ne l’est pas forcément. On ne force jamais quelqu’un de non consentant à accéder à l’hébergement ou aux soins. » En effet, c’est la première chose qu’on m’a dite ce matin…  

 

17h - Fin des maraudes, et retour au local : "Vos histoires vont me trotter un bout de temps dans la tête"

Nicolas, Farid, Blanche, Jacques, Momo, Fred, Marius, Pierre et Kobé… D’habitude, j’ai du mal à retenir les prénoms, mais vos histoires vont me trotter un bout de temps dans la tête. Un grand merci à l’équipe de rue qui m’a accueillie pour cette journée de maraude, et fait découvrir leur métier.  
Mots clefs associés : Personnes SDF   
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