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Portrait de Thess, hébergé à Magenta

Le 18 février 2014 | Actualités - Témoignages - Portraits -

Il y a trois mois, le centre d’hébergement d’urgence Magenta d’Aurore voyait le jour dans le cadre du plan hivernal 2013-2014. Bien loin de l’image d’Epinal du vagabond, la montée de la précarité et la fragilisation constante du lien social font désormais basculer la vie de personnes aux profils très différents. Afin de cerner cette hétérogénéité de la « population SDF » actuelle tout en identifiant les récurrences de parcours, nous vous avons proposé ces dernières semaines les portraits de 5 résidents de Magenta : Momo, Jacques, Nadia, Thess et Alain.

 

Thess a 34 ans. Sympathique et blagueur, il a accepté de conter son histoire.  

 

« Ici ce n’est que temporaire, mais c’est déjà mieux que rien »

Cela fait deux mois que Thess partage une chambre avec un autre pensionnaire au sein du service Magenta : « Ici, franchement ça me plait, c’est convivial, ils sont gentils et très accueillants. Je partage ma chambre avec un monsieur âgé, il a la soixantaine. Il parle beaucoup mais ça va. » C’est son assistante sociale qui a pris contact avec l’équipe de Magenta, alors que Thess se trouvait dans une situation très précaire: « Elle m’a d’abord orienté vers le gymnase de Pyramides, à Paris. Je n’y ai fait que 2 nuits car elle m’a ensuite appelé pour me dire qu’elle m’avait trouvé une place à Magenta. Ici c’est mieux que le gymnase. On est hébergés dans de bonnes conditions, même si ça n’est que temporaire, le temps de la trêve hivernale. Mais c’est déjà mieux que rien et ça m’arrange bien. Dans la mesure où j’ai un endroit où dormir, je ne suis pas dans la rue, je peux me laver… Et en plus le gite est offert, alors que demander de plus ? »

Comme pour les autres résidents du centre, Thess ne dispose pas seulement d’un abri mais également d‘un soutien de l’équipe dans les démarches de réinsertion qu’il entreprend avec son assistante sociale. Un travail d’autant plus légitime que les objectifs de Thess sont marqués: « J’ai fait pas mal de démarches avec mon assistante sociale et ma conseillère pôle emploi pour que les choses avancent. Je prends des initiatives, je ne reste pas là à m’apitoyer sur mon sort sans bouger le petit doigt. Moi je suis un gars ambitieux et je me lance toujours des défis. Là, je veux décrocher un bon boulot et surtout le garder, avoir mon appart, et pourquoi pas - dans une dizaine d’années ou même avant – créer mon entreprise. »  

 

« Du jour au lendemain je me suis retrouvé à la rue »

Thess est originaire de Guadeloupe. Lorsqu’il quitte son île natale, il y a sept ans de ça, pour venir en métropole, c’est pour y finir ses études. Mais le rêve d’étudiant se transforme bien vite en cauchemar : « Avant de venir j’avais déjà fait deux années universitaires de droit juridique, puis une année en STAPS. Donc je suis venu ici pour finir mes études de sport. C'était la première fois que je venais en métropole. Et malheureusement, faute d’argent, j’ai du laisser tomber et chercher du boulot, pour m’en sortir ».

Dans un premier temps, Thess est hébergé chez de la famille, ayant un frère et une tante en région parisienne. Mais cette solution n’est que de courte durée: « Après il a fallu que je laisse ma place, pour des raisons d’intimité. Du jour au lendemain je me suis retrouvé à la rue ». S’en sont suivies des années de galère lors desquelles Thess s’efforce, tant bien que mal, de garder la tête hors de l’eau : « J’ai vécu dans la rue, dans des conditions difficiles et sans travail, en dormant parfois à droite à gauche, quand un ami pouvait m’accueillir. Mais ce n’était pas très fréquent ». A deux reprises, Thess fait une rencontre amoureuse qui l’arrache de la rue. Mais, par deux fois également, la rupture est d’autant plus dure qu’elle le jette à nouveau dans la misère.

Enfin, début 2013, et alors qu’il est hébergé depuis peu par une tante, Thess est incarcéré pour 6 mois à la prison de Fresnes, du fait de problèmes de drogue. Même en détention, l’angoisse de « l’après » ne le quitte pas : « En détention j’ai contacté des foyers d’hébergement pour voir si je pourrais être hébergé à ma sortie. Parce que je savais que j’avais écumé toutes les solutions d’hébergement chez mes proches ». La situation de Thess semble d’autant plus complexe que, pendant toutes ces années de galères, il n’est pas parvenu à décrocher un emploi durable : « Pendant toutes ces années je n’ai travaillé que très rarement. Je n’ai trouvé que des petites missions, pour des périodes allant de 1 à 3 mois seulement. Mais je suis quand même titulaire de diplômes, et c’est ça qui me permet de trouver des petits boulots de temps en temps ».  

 

« Je n’en ai fait qu’une, une seule petite erreur, et ça m’a coûté très cher »

Pourtant, dès les premiers jours de son arrivée à Magenta (5 mois après sa sortie de prison), Thess parvient à trouver un emploi dans la manutention et croit voir le bout du tunnel: « Cette mission je l’ai trouvée le lendemain de mon inscription dans une boite d’intérim du Val-de-Marne. Ils m’ont appelé pour me proposer un poste et j’ai tout de suite été partant. Évidemment, je suis toujours partant pour travailler. Mais ça s’est mal passé, à cause d’une petite erreur que j’ai faite. »

Peu avant d’entrer en prison, Thess avait commencé à louer un boxe de 6m2 en Seine-Saint-Denis pour y entreposer les quelques affaires ayant survécu à ses années d’errance. A son arrivée à Magenta, il se voit proposer une alternative à cette location extrêmement onéreuse : « Quand je suis arrivé ici on m’a proposé de stocker mes affaires dans un placard de l’appartement que je partage, pour que je puisse faire des économies plutôt que de dépenser 200€ tous les mois. Parce que 200€, quand on est au RSA, c’est beaucoup ».

Cependant, cette solution qui aurait du faciliter grandement les conditions de vie de Thess lui a fait perdre son travail : « Quand j’ai déménagé, j’avais une seule journée pour tout faire, seul : les allers-retours en transport, la résiliation du bail, et mon travail qui commençait à 18h. J’avais un jour pour tout faire, et ça ne m’a pas suffit. Du coup j’ai appelé mon travail pour m’excuser et les prévenir que j’aurais du retard, mais je les ai prévenus trop tard. Du coup la dame m’a dit que ce n’était pas la peine que je continue la mission. J'étais en phase d’adaptation, ça devait déboucher sur CDD long ou même sur un CDI. Ça aurait été le cas si ma période d’essai s’était bien passée. Mais il a suffit d’une petite erreur pour qu’ils mettent fin à ma mission. Et c’est vraiment dommage car moi je m’y plaisais bien et je savais que j’étais le meilleur. J’étais le plus rapide en montage de palette ! »  

Malgré cette récente et énième mésaventure, Thess reste motivé pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. N’ayant pas réussi à retrouver un emploi depuis cette dernière expérience, il est néanmoins en négociation active pour intégrer une formation qualifiante de chauffeur-livreur.

« Je suis un vrai bosseur, mais la chance ne me sourit pas souvent, malheureusement. Et il serait le temps que la roue tourne pour moi, depuis le temps. »    

Mots clefs associés : Personnes SDF    Personnes accueillies   
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