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Portrait de Momo, hébergé à Magenta

"Mon but: avoir une vie normale"

Le 10 janvier 2014 | Actualités - Témoignages - Portraits -

Il y a près de deux mois, le centre d’hébergement d’urgence Magenta d’Aurore voyait le jour dans le cadre du plan hivernal 2013-2014. Bien loin de l’image d’Epinal du vagabond, la montée de la précarité et la fragilisation constante du lien social font désormais basculer la vie de personnes aux profils très différents. Afin de cerner cette hétérogénéité de la « population SDF » actuelle tout en identifiant les récurrences de parcours, nous vous proposerons ces prochaines semaines les portraits de 5 résidents de Magenta : Momo, Jacques, Nadia, Thess et Alain.

 

Momo

Momo est un homme de 54 ans, dégageant une aura de douceur malgré ses yeux graves et sa pudeur palpable. A peine rentré du travail, il s’est entièrement prêté au jeu de l’interview, évoquant ainsi les hauts et les bas de ses dernières années d’errance.    

« Je voudrais vivre comme tout le monde »

Depuis plus d’un mois, Momo compte parmi les résidents du centre d’hébergement d’urgence Magenta d’Aurore, où il partage une chambre avec un autre bénéficiaire. « Je suis suivi par une assistante sociale, qui a pris contact avec l’équipe du service. Je suis arrivé à Magenta dès sa création. Tout est impeccable. Mieux que les autres centres que j’ai connus. Je peux vous jurer que quand je sors du boulot je suis pressé de rentrer ici. Je peux me reposer, me laver… Moralement et physiquement, ça m’apporte beaucoup ».

En plus d’être hébergé pendant 5 mois (Magenta a été créé dans le cadre du plan hivernal 2013-2014), Momo se voit accompagné dans ses démarches de stabilisation, un suivi réalisé conjointement par son assistante sociale et l’équipe du service. « Aujourd’hui j’ai un travail : je suis dans le bâtiment. Je fais de tout : peinture, moquette… Pour l’instant tout va bien. Je vais peut-même faire embaucher quelqu'un de Magenta ! Ce que je voudrais, c’est trouver un logement. Je travaille là-dessus avec l’équipe de Magenta et mon assistance sociale. J’ai fait une demande de logement HLM à la mairie, comme tout le monde, il y a presque 10 ans. Je la renouvelle régulièrement. Mais je n’ai pas de nouvelles. J’en connais qui ont fait la demande il y a 15 ans et qui n’ont toujours rien… Mon but c’est de trouver un logement et d’avoir une vie normale, comme tout le monde. Même une petite chambre pour moi ce serait impeccable, je ne demande pas plus. »  

Ruptures

Bien que la rue n’ait pas qu’un visage, on retrouve dans les situations d’errance un élément récurrent : la ou les ruptures, un facteur de basculement pouvant être d’ordre familial, professionnel, médical… Pour Momo, l’élément déclencheur a été son divorce : « Je suis dans la galère depuis un certain moment, 7 ou 8 ans, enfin depuis mon divorce quoi. Après ça j’ai tout quitté, mon travail, tout ça… »

Si cette rupture conjugale a eu de telles conséquences pour Momo, c’est en partie parce que son ancrage familial est assez précaire : « Ma situation familiale est très compliquée ». En effet, les parents de Momo, dont le père a longtemps travaillé en France, ont quitté le pays et il ne lui reste plus qu’une sœur et un frère à proximité. Si cette dernière a un temps accueilli Momo après sa rupture, cette solution n’était pas envisageable sur le long terme : « Elle m’a hébergé un temps, mais elle a sa vie, elle est mariée et a trois enfants, alors je comprends, elle a besoin d’intimité ». Quant au frère aîné de Momo, la relation est plus tendue. Ayant tous deux hérité d’un petit appartement légué par leur père, la cohabitation s’est mal passée et Momo s’est vu mettre dehors : « C’était il y a deux ans à peu près. Il était une heure du matin, il pleuvait à verse. C’est mon grand frère, moi je ne voulais pas d’histoires alors je suis parti ».  

« 7 ans de galères »

Le divorce de Momo a donc marqué le début d’une longue errance, entrecoupée d’allers-retours entre l’hébergement (social, en hôtel ou chez des proches) et la rue. « Je suis allé quelques fois chez des amis, de la famille… Mais ça n’a pas marché. J’ai aussi dormi dans la rue. Grâce à Dieu j’ai quand même connu beaucoup de solutions d’hébergement. Mais à certains moments c’était dur ».

Ayant quitté son emploi après sa rupture conjugale, Momo s’est par la suite trouvé acculé dans ses démarches de réinsertion : « Je n’arrivais pas à trouver de travail vu que je n’avais pas de logement. Alors que sans travail on ne peut pas trouver de logement non plus. Donc j’étais coincé dans un cercle vicieux. » En juillet 2013, Momo réussit à retrouver un emploi. Mais sa situation ne se rétablit pas pour autant : « Quand j’ai commencé à travailler, j’appelais le 115, je leur expliquais que j’avais un travail. Moi je pensais qu’ils allaient m’aider mais je suis resté une semaine dehors. Ils me disaient "Monsieur vous travaillez alors vous avez de quoi payer l’hôtel". Et je leur expliquais que je ne pouvais pas payer car je n’allais toucher ma paye qu’à la fin du mois. Mais ils ne voulaient rien entendre. Alors je suis resté une semaine dehors. Le soir je restais dans les bus de nuit, qui roulaient jusqu’à 5h du matin. Puis à l’aube, quand les tournées étaient finies, j’allais dans les toilettes publiques pour me raser et me laver le visage, histoire d’arriver propre au boulot ».

Par la suite, Momo a trouvé refuge pour un mois dans un centre d’hébergement d’urgence, avant d’avoir recours à la location hôtelière :

« Je suis resté 2 mois à l’hôtel, où je payais 30 euros par jour. Ca me coûtait trop cher. En comptant la nourriture, mes cigarettes etc… Je ne gagnais pas assez »    

Ces derniers mois, Momo a franchi différentes étapes sur la voie de la réinsertion. Désormais employé, son rythme de vie est devenu d’autant plus stable depuis son arrivée à Magenta. Un élément incontournable à la « normalisation » de sa situation demeure néanmoins : l’accès à un logement pérenne. Un problème qui, s’il n’est pas résolu avant la fin du plan hivernal, soit le terme de sa prise en charge par le service d’Aurore, verrait un éventuel retour à la rue compromettre tous les obstacles franchis par Momo dans sa quête d’une vie « comme les autres ».    

Mots clefs associés : Personnes SDF    Personnes accueillies   
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