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Nadia, résidente à Magenta, évoque son parcours

« C’est une histoire que je n’oublierai jamais »

Le 08 mars 2016 | Actualités - Témoignages - Portraits -

Nadia a une trentaine d’années. Elle rentre tout juste de son travail et semble aussi épuisée par ces derniers mois de galère que déterminée à tourner la page.    

 

« Ici, je me sens protégée »

Nadia, arrivée en France il y a deux ans, est originaire d’Algérie. Depuis près de 3 mois, elle a trouvé refuge au sein du service Magenta d’Aurore où elle partage une chambre avec une autre résidente.  Depuis son arrivée, Nadia se reconstruit peu à peu après de longs mois d’errance, avec ce que cela comporte de vulnérabilité et d’isolement :

«Ici je me sens bien, on est protégés. Et puis je retrouve la chaleur d’une famille, ce qui m’avait beaucoup manqué ».

Si le service Magenta, en sa qualité de centre d’hébergement d’urgence, fournit en premier lieu abri et nourriture aux résidents, sa vocation est également de permettre à ceux-ci de poursuivre leurs démarches de stabilisation respectives de manière plus sereine et encadrée. Ainsi, depuis son arrivée, Nadia mène de front formation qualifiante, recherche de logement et procédure de divorce : « Actuellement, je suis une formation d’aide éducatrice de jeunes enfants. Cette formation pour moi c’est mon avenir. Je travaille avec des enfants et il faut que j’ai l’air bien, souriante, et ici c’est plus facile. Je travaille, je suis payée, j’ai même des fiches de payes… Je suis stable ! Donc du côté professionnel ça avance, ça va beaucoup mieux. Et en parallèle je fais des recherches pour trouver un logement et un emploi stable, pour préparer « l’après » ».  

 

« En France, tu n’es personne »

Pour Nadia, le basculement vers l’errance s’est déroulé en deux étapes. La première : le déracinement, géographique, social et culturel. En Algérie, Nadia était entourée, avait une bonne situation et exerçait comme comptable.  C’est son mariage avec un franco-algérien vivant en France qui l’a poussée à migrer : « J’ai quitté mon pays, mon travail et ma famille pour mon mari. Au départ, il était convenu que je reste vivre en Algérie et qu’il vienne me voir souvent, mais ensuite il m’a forcée à le rejoindre en France, où il travaille et a toute sa famille. »

Or, une fois arrivée en France, sa vie et son couple prennent une toute autre tournure : « A partir du moment où je suis venue en France, mon mari est devenu un autre homme. Il est devenu violent avec moi ». Et à la violence conjugale que subit Nadia s’ajoute la maltraitance de sa belle-mère : « En arrivant en France, je pensais que ma belle-mère me traiterait comme une de ses filles. Mais en fait elle m’a traité comme une esclave. Elle m’obligeait à venir chez elle tous les jours pour faire le ménage, elle ne me laissait pas sortir sans elle… et mon mari cautionnait tout ça ».

Privée de ses proches, maîtrisant mal le français, et n’ayant pas réussi à trouver d’emploi en France, Nadia se retrouve donc totalement isolée, à la merci de cette nouvelle « famille » qui le sait et en abuse, lui répétant sans cesse qu’en France, elle n’est personne et n’a aucun droit. Jusqu’au jour où, seulement 4 mois après son arrivée et suite à un nouveau déferlement de violence de son compagnon, Nadia appelle la police. Eloigné du domicile conjugal pour la nuit, le mari revient le lendemain et change les serrures de l’appartement pendant l’absence de Nadia. Ne figurant pas sur le bail, elle n’a dès lors plus jamais eu accès à ce logement, où sont restées toutes ses affaires.  

 

« J’avais peur de la police, de tout le monde, j’étais désespérée »

La situation de Nadia devient alors extrêmement précaire, et ce à plusieurs niveaux. Mise à la porte, ne connaissant quasiment personne en France, elle ne peut être hébergée par une connaissance et, pendant près d’un an et demi, son quotidien est donc rythmé entre allers et venues d’un centre d’hébergement à un autre. Malgré la gravité de sa situation, Nadia ne peut pas rentrer en Algérie : «Si je rentre je me retrouverai sans rien, j’ai quitté mon emploi et je ne pourrai pas le récupérer. Mon père est simple retraité et a tous mes frères et sœurs, plus jeunes, à sa charge. Il ne pourra donc pas m’aider ». De plus, Nadia a placé ses économies dans l’achat conjoint d’un logement secondaire avec son mari. Mais, comme pour l’appartement, elle s’en voit refuser l’accès, n’apparaissant pas sur le bail : « Je lui donnais de l’argent quand je travaillais en Algérie. Mais comme il savait que je ne connaissais pas le droit français, il a pris mon argent pour acheter la maison à crédit et il a tout mis à son nom. Donc pendant que je me retrouve sans rien, lui a deux logements !».

Nadia est d’autant plus vulnérable que son mari entrave ses démarches de régularisation, débutées dès son arrivée en France, l’accusant auprès des autorités d’avoir volontairement déserté le domicile conjugal. C’est ainsi qu’une journée de mars 2013, Nadia reçoit une lettre d’injonction de quitter le territoire. Pendant près de 3 mois, elle se retrouve donc dans la clandestinité. Pour achever d’aggraver la situation, les seuls petits boulots que Nadia réussit à décrocher sont bien souvent source d’abus : « Je n’avais pas de réseau donc je ne trouvais que des boulots où j’étais exploitée.  Pour me payer à manger, je travaillais chez des gens comme baby-sitter, femme de ménage… Mais beaucoup ont profité de ma situation pour ne pas me payer, ou alors bien moins que ce qui était prévu». Finalement, et grâce aux diverses démarches entreprises, Nadia obtient enfin un titre de séjour d’un an : « Ils avaient suspendu la procédure à cause des dires de mon mari, mais l’ont reprise quand ils ont compris qu’il m’avait frappée et chassée de chez moi». S’en suit quelques courts mois de répits pour Nadia, qui est alors hébergée dans un hôtel social de la capitale.

Mais, en octobre dernier, et alors qu’elle vient tout juste de décrocher une formation qualifiante d’aide éducatrice de jeunes enfants, son contrat d’hébergement à l’hôtel prend fin, bien que l’hiver débute. S’en suivra donc un mois particulièrement difficile pour Nadia : ne disposant plus d’une domiciliation à Paris, son droit de formation est suspendu, tandis que toutes ses demandes d’hébergement d’urgence restent vaines : « J’ai appelé beaucoup de centres différents. Mais à chaque fois ils me disaient que c’était complet, et que vu que je n’avais pas d’enfants avec moi je n’étais pas prioritaire. ». Pendant un mois, et bien que très affaiblie par des mois de ballottements et d’angoisse, Nadia vit donc au jour le jour, profitant quand elle le peut de l’accueil de connaissances. Finalement, et grâce à l’intervention d’une assistance sociale rencontrée par le biais de sa formation, le dossier de Nadia est communiqué à l’équipe de Magenta, qui en fera une de ses premières résidentes en novembre dernier. L’arrivée de Nadia à Magenta sonne pour elle comme une renaissance, l’occasion de se construire une nouvelle vie en France. Ayant pu, grâce à son hébergement, reprendre une formation qui la comble, elle espère pouvoir décrocher emploi et logement d’ici le 31 mars, soit le terme de sa prise en charge par Magenta :

« Je vais prouver que je veux travailler et que je mérite de rester en France »

Mots clefs associés : Femmes victimes de violence    Personnes accueillies   
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