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Les jeunes en difficulté sont à toute épreuve

Le 22 août 2013 | Actualités - Témoignages - Portraits -

Ils ont à peine 20 ans et sont déjà passés par des moments difficiles : rupture familiale, violences, rue… Ils sont 14, comme Mariéta et Lewis, à être hébergés par le service Urgence Jeunes de Gagny où ils reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour rebondir.

« Ils ont été rejetés par leur famille alors même qu’ils n’avaient pas fini de se construire. Ils sont orientés par le 115 et arrivent ici dépressifs, exténués, sans repère» explique Ouardia, éducatrice spécialisée.

« Ils sont hébergés environ 9 mois, au sein du pavillon que nous louons, ou dans les chambres des Foyers de Jeunes Travailleurs de Rosny ou Bondy. On se voit très régulièrement. Ils se rendent ainsi compte qu’il est encore possible de compter sur un adulte ». Sa collègue, Caroline confirme : « Nous sommes à la fois leur référente, leur conseillère, mais aussi quelqu’un sur qui s’appuyer ; parce qu’ils n’ont pas seulement besoin qu’on mette de l’ordre dans leurs papiers. Ils ont besoin qu’on les aide à trouver leurs repères pour continuer à se construire », souligne-t-elle.

Cette aide, Mariéta, 22 ans et Lewis, 20 ans en bénéficient depuis plusieurs mois. Discrets, leur parcours et leur détermination à avancer sont représentatifs des combats que mènent les jeunes accompagnés par Caroline et Ouardia, mais également Samia, la conseillère santé et Islande, la psychologue du service.

 

Entretien avec Mariéta et Lewis

Qu’est-ce qui vous a amené à être hébergés par Aurore ?

Mariéta : Je suis née en France, mais je suis partie au Sénégal quand j’avais 5 ans. J’ai voulu revenir en France pour les études. J’ai vécu d’abord chez ma tante, mais ça s’est mal passé, puis je suis allée chez un oncle et finalement ça n’a pas été non plus. Alors, j’ai passé quelques temps en foyer d’urgence, puis je suis arrivée ici.

Lewis : Je viens de Centre-Afrique où je vivais avec ma mère. Un jour, mon père, qui vivait en France, que je ne connaissais pas bien, est venu me chercher pour que je fasse mes études. Il était très exigeant avec moi, je n’avais pas le droit de faire autre chose qu’étudier. Mais il avait refait sa vie en France, alors je n’étais pas vraiment le bienvenu. Un jour il m’a mis à la porte. C’était en hiver et l’année du bac. La journée j’allais à l’école, et le soir je dormais dans un foyer d’urgence, avec des vieux, parfois des hommes sales. Le week-end, je ne savais pas où aller pour réviser. Ça a duré 2 ou 3 mois avant que je n’arrive ici.

Pourquoi cet hébergement et l’accompagnement de Caroline et Ouardia sont-ils importants pour vous ?

Lewis : Grâce à cette chambre, j’étais un peu plus tranquille dans ma tête pour finir de réviser et j’ai finalement réussi à avoir mon bac. Caroline est quelqu’un d’important pour moi, elle m’aide dans mes démarches, elle me donne des conseils, elle est là aussi quand je n’ai pas le moral.

Mariéta : On m’a orientée vers un bac pro sanitaire et social, alors que j’ai toujours voulu être hôtesse de l’air. Chaque fois que je suis allée dans des missions locales, on me disait de faire des études dans le social parce qu’il y avait du travail, mais je ne suis vraiment pas faite pour ça. Ici, on m’a accueillie et surtout, on m’a écoutée. Grâce à Ouardia, j’ai pu faire un séjour de 3 mois en Irlande pour améliorer mon niveau d’anglais et apprendre à me débrouiller toute seule. Elle m’aide beaucoup dans mes démarches parce que j’ai plein de projets, elle m’aide à les concrétiser.


A ce propos, quels sont vos projets ?

Lewis : J’aimerais faire un BTS en alternance, mais je suis très timide, alors j’ai du mal à trouver des entreprises. Caroline m’a proposé de participer à des ateliers « entretiens d’embauche ». Ça me servira sans doute aussi pour trouver un petit boulot pour cet été.

Mariéta : J’attends une réponse du GRETA pour passer mon bac en candidat libre et tenter ensuite le concours d’agent d’escale. En attendant, je cherche du travail pour payer mon permis.

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré pour aider des jeunes en difficulté ?

Lewis : J’ai passé presque 3 mois dans un foyer pour SDF à Pantin. Je n’avais pas de PASS Navigo, donc j’ai fraudé pour pouvoir aller en cours, et j’ai reçu des amendes. C’aurait été bien qu’on me propose d’aller à l’Urgence Jeunes plus tôt.

Mariéta : On a beaucoup de projets, mais c’est dur quand on n’a pas un sou. Je n’ai pas le RSA par exemple. En fait, on a juste de quoi manger et faire quelques démarches (120€/mois pour l’alimentation ; 10 € pour le téléphone ; un peu d’argent pour les vêtements…). Si j’avais plus d’argent, je n’en ferais pas n’importe quoi. Ce n’est pas parce que j’ai 22 ans que je ne suis pas mûre ! Il faut aider les jeunes. Après tout, c’est nous le futur !

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