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Une nouvelle vie à Aurillac

Le 28 juillet 2014 | Actualités - Témoignages -

Le 10 juillet dernier, Monique Sévère et Emmanuel Arvy (appelé par tous Manu) – du service PRISM d’Aurore – accompagnaient Lahiru, Tharushi, et leur fils Kasun* à Aurillac pour les aider à s’installer dans leur nouvel appartement. Un 3 pièces flambant neuf issu d’une collaboration inédite entre Aurore et le bailleur social Polygone, qui marque un tournant enfin positif dans la vie mouvementée des heureux locataires.  

Quand la vie bascule

Voilà maintenant plus de 2 ans que Monique, Conseillère en Economie Sociale et Familiale au service PRISM d’Aurore, accompagne Lahiru, Tharushi et leur fils de 12 ans, Kasun. Au Sri Lanka, la petite famille menait une vie stable et épanouie : Lahiru, le père de famille, était journaliste, sa femme Tharushi enseignait l’anglais et Kasun, leur fils, était scolarisé dans une école internationale.

Tous trois vivaient dans une belle maison, en compagnie des parents de Tharushi. Jusqu’au jour où la guerre civile est venue bouleverser leur vie, comme se remémore Tharushi: « Au Sri Lanka, la situation politique est très compliquée. Depuis des années, il existe un conflit politique entre les ethnies cingalaises tamoules. Pour cette raison, c’est un pays dangereux pour les journalistes. Beaucoup subissent des pressions de l’Etat, et malheureusement, mon mari n’a pas été épargné : en 2009, il a dû fuir le pays. Après avoir passé 6 mois en Inde, il est venu en France et a obtenu le statut de réfugié. » Tandis que Lahiru trouve les premiers mois des solutions ponctuelles d’hébergement , la situation se dégrade encore au Sri Lanka, où sont restés Tharushi et Kasun. En 2012, ceux-ci n’ont d’autre choix que de fuir à leur tour, leurs vies étant menacées.  

Repartir de zéro, dans un pays inconnu.

Si le départ est un traumatisme, l’arrivée en France en est un autre: pendant de longs mois, la famille reconstituée multiplie les allers-retours entre hôtels sociaux et hébergements chez des connaissances. Une situation qui est difficile pour Kasun, alors âgé de 10 ans seulement :

« Il vivait très mal la situation, il n’arrêtait pas de pleurer et nous demandait sans cesse de rentrer au Sri Lanka. Comme nous n’avions pas de domiciliation, nous ne pouvions même pas l’inscrire à l’école. »

Déterminés à offrir une meilleure vie à leur fils, Lahiru et Tharushi – qui touchent le RSA majoré (environ 730 euros) de par leur statut de réfugiés – décident alors d’opter pour la seule solution qui s’offre à eux : partager avec une autre famille un petit deux pièces à Puteaux, pour lequel le propriétaire exigeait de chaque ménage qu’il lui verse 650 euros par mois (charges comprises). La situation va ainsi durer un an et maintenir la famille dans une grande précarité, comme en témoigne Tharushi : « Il ne nous restait quasiment plus rien pour vivre, et nous dépendions des restaurants sociaux pour nous alimenter. Mais cela a quand même permis à Kasun de rentrer en classe de 6ème dans un collège du quartier. C’était très important pour nous car il va beaucoup mieux depuis qu’il est scolarisé. » Mais Lahiru et Tharushi savent tous deux que la situation ne peut pas durer. Quand bien même, les démarches qu’ils entreprennent avec le service PRISM pour accéder à un logement social ou une autre solution d’hébergement s’avèrent toutes infructueuses. 

Lahiru et sa famille vont enfin pouvoir poser leurs valises.

Une nouvelle vie à Aurillac

Pourtant, un beau jour, la situation semble enfin se débloquer, sous l’impulsion d’un partenariat entre Aurore et le bailleur Polygone : « Lorsque Monique nous a parlé du dispositif d’Aurore à Aurillac, l’idée nous a tout de suite plu. Il s’agit d’un partenariat avec un bailleur, qui propose des logements sociaux aux familles suivies par Aurore et qui, comme nous, vivent en région parisienne mais n’ont pas de logement. » En effet, le projet vise à désengorger le parc social francilien, saturé par le nombre de demandes, en proposant à ces ménages une réinstallation en province, où un certain nombre de logements sociaux sont paradoxalement inoccupés.

Cette collaboration est loin de ne reposer que sur l’accès au logement et poursuit véritablement une visée d’insertion, comme l’explique Monique : « Ce qui est important dans ce projet c’est le relais. Il ne faut pas parachuter les familles parce que les problématiques sociales en région parisienne ne disparaissent pas, une fois à Aurillac. D’autre part, la condition pour intégrer ce projet est l’assurance de décrocher un emploi dans la ville de réinstallation. Si cette famille a été choisie, c’est parce que Lahiru et sa femme auront toutes les chances de trouver un travail très rapidement, une fois qu’ils auront amélioré leur français.»

En avril dernier, Manu, assistant social à PRISM, a donc accompagné Lahiru et sa famille pour un court séjour à Aurillac. L’objectif : leur permettre d’une part de se projeter dans cette nouvelle vie, mais aussi et surtout initier la passation de relais en prenant contact avec les acteurs locaux de l’accompagnement social, susceptibles de jouer un rôle dans l’intégration et la stabilisation de la famille sur place. Forte de cette brève visite, la famille reprend espoir et se projette dans cette nouvelle vi(ll)e. « Aurillac est une petite ville où tout le monde se connait. Ici, on sera amenés à se mélanger, à rencontrer nos voisins et donc à améliorer notre français. A Paris, nous n’avions d’autres choix que de rester au sein de notre communauté. Et puis c’est drôle mais cette région, avec ses montagnes et ses forêts, nous fait beaucoup penser au Sri Lanka ! » explique Tharushi, sourire aux lèvres. Bien qu’ayant pris sa décision, la famille choisit d’attendre la fin de l’année pour de ne pas interférer dans la scolarité de Kasun et ainsi faire en sorte que la transition soit la plus douce possible. Un laps de temps qui a permis à Monique d’entreprendre les démarches administratives et financières relatives à l’emménagement de la petite famille.  

Finalement, début juillet, Monique et Manu ont une nouvelle fois accompagné Lahiru, Tharushi et leur fils à Aurillac afin d’être présents dans les premiers jours de leur installation. Au programme : découverte et signature du bail de l’appartement – un beau 3 pièces refait à neuf, pour un loyer 6 fois inférieur à celui de Puteaux -, entretien avec le CPE du nouveau collège de Kasun puis avec le Conseil Régional, achat des meubles et emménagement.

Bien que l’inquiétude légitime de Tharushi se fasse sentir face à cette nouvelle vie, la famille a repris confiance en l’avenir : « Grâce au suivi de Monique et à cet appartement, nous avons à nouveau de l’espoir et on peut faire des projets. Pour ma part, je veux apprendre le français, je le dois, c’est très important. Ensuite, je voudrais trouver du travail, en tant que baby-sitter, femme de ménage… peu m’importe. Mon mari, lui, collabore à distance pour un média sri lankais et il est également bénévole pour Reporters Sans Frontières, une organisation l’ayant aidé à fuir le Sri Lanka. Je ne sais pas ce qui va se passer, je ne connais pas notre avenir. Mais une chose est sûre : c’est une nouvelle vie, que j’aimerais continuer à vivre en France. Je veux que Kasun grandisse ici, que la France devienne son pays. Un pays qu’on aime. »   

Depuis son lancement, Stan et Édouard Zambeaux (respectivement documentariste et journaliste à France Inter) suivent et participent activement au déroulement de ce projet. Ils réalisent un documentaire sur le dispositif, afin de présenter au grand public cette initiative et les enjeux qu’elle soulève pour, pourquoi pas, étendre le dispositif à plus grande échelle.
* Pour préserver l'anonymat de la famille, leurs prénoms ont été changés.
Mots clefs associés : Personnes accueillies    Précarité   
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