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Aurore expérimente les principes du Logement d'Abord

Un appartement pour des sans abri

Le 29 août 2013 | Actualités - Tribunes -

Alors que l'expérimentation Un chez soi d'Abord à Paris accueille ses premiers participants, l'équipe de PRISM dresse le bilan d'un projet comparable, démarré il y a un an : héberger et surtout accompagner dans un logement des personnes sans abri. Un expérience dans la droite ligne du principe du Logement d'Abord.


Dans une rue calme d'Issy-les-Moulineaux, à deux pas de la Gare SNCF, messieurs B., A., M. et O. - qui souhaitent conserver l'anonymat - partagent leur quotidien depuis quelques mois.

Il est 14h, et dans l'appartement très bien entretenu, deux colocataires sont présents, les autres sont sortis pour des démarches.

L'équipe éducative de PRISM les suit, pour certains depuis des années, en tant qu'allocataires du RSA. En effet, le service n'a pas vocation, à la base, à héberger. Il accompagne des bénéficiaires parisiens du RSA socle (ex-RMI), souvent confrontés à une très grande précarité. Depuis longtemps, l'équipe avait imaginé que des structures au fonctionnement très souple pourraient accueillir les personnes les plus cassées, celles qui ne trouvent pas leur place dans les structures classiques. Ce souhait est devenu, dans une moindre mesure, réalité lorsqu'il a été proposé au service de gérer un appartement pouvant accueillir quatre personnes.

Les référents sociaux, qui ont choisi d'y héberger des personnes cassées et surtout nécessitant des démarches de soins entamées ou consolidées (soins psychiques ou somatiques), vous présentent les protagonistes de cette forme alternative d'hébergement.

 

L'appartement d'Issy...et maintenant

Monsieur B

Mr B. a un peu moins de 50 ans. Il a une problématique très lourde d’errance associée à une consommation d'alcool et compte 28 ans de rue. Originaire de la campagne marocaine, il a un niveau d’étude bas et des difficultés à s’exprimer correctement en français. Il s'est toujours débrouillé pour survivre à la rue et a donc un mode de vie tout à fait décalé. Il perd parfois complètement la notion du temps, même s'il parvient à honorer les rendez-vous qui lui paraissent importants. Il ne passe au service nous solliciter que s’il a un problème qu’il n’arrive pas à régler seul, ou des papiers à récupérer qu’il nous avait confiés.  

Pour lui, l’adaptation à l’appartement n’a pas été simple : sa temporalité décalée et ses alcoolisations massives n’ont pas été faciles à gérer pour ses co-hébergés. Il nous dit rentrer par le dernier métro du soir, alors que bien souvent c’était plutôt par le premier du matin. Lorsqu’il fait cuire de la nourriture, il peut parfois l’oublier, tout comme il oublie les tâches ménagères. Au départ, il se servait de cette chambre comme d’un hôtel, arrivant le soir, repartant le matin.  

Avec l’aide d’un co-hébergé originaire du même pays et servant d’interprète, nous avons fait en sorte qu’il intègre petit à petit l'appartement et s'y sente à l'aise. Il a fait l’apprentissage d’un nouveau comportement : s’adapter aux autres sans que cela modifie ou restreigne sa liberté.  

Pendant cette année, il a petit à petit investi sa chambre. Il a décoré sa chambre et même l’espace commun. Il tient à cette chambre. Il nous prévient maintenant lorsqu’il s’absente un certain temps, et essaye au maximum de préserver le bon fonctionnement de l’appartement. Il fait en sorte de ne plus déranger les co-hébergés. L’Autre est présent pour lui maintenant, réellement et concrètement.  

Monsieur A

Mr A. est peut-être le locataire qui a eu la plus de difficulté pour participer à la vie collective, mais la vie dans l'appartement a mis en lumière plusieurs de ses difficultés. Âgé de 60 ans, avec un très bon niveau d’études, M.A a eu, dans sa vie passée, un travail à fortes responsabilités. Il vit dehors depuis 4 ans et nous a souvent sollicité pour avoir un chez lui. Pour autant, M. A se trouve dans une spirale auto-destructrice. Nous avons donc essayé de coupler cet hébergement avec des soins.

L'effet n'a pas été celui attendu : M. A était non seulement incapable de se mobiliser et de faire quoi que ce soit, mais il se mettait même en danger. L'appartement semblait être une source d’angoisse supplémentaire, consommant de plus en plus, et le mettant face à une réalité sans doute intolérable : son impuissance à agir sur sa souffrance.  

Il s'est installé dans sa chambre comme dans le coin de rue où il vivait avant, reproduisant les mêmes codes. Il mangeait quand il avait faim, se lavait quand il en ressentait le besoin, et ne parlons pas du ménage. Mais surtout en prenant ce qui n’était pas à lui, il s'est mis dans une situation délicate avec les autres.  

Nous avons tenté beaucoup de choses : le faire s'exprimer par écrit (ce qu’il a fait pendant un temps) par exemple. Nous avons tenté de travailler avec lui sur l’investissement de sa chambre, proposant des rendez-vous plus réguliers avec nous, puis nous avons essayé de ne plus lui donner de rendez vous et de le laisser gérer.  

Finalement, et en dépit de tous nos essais, nous n'avons pas trouvé de solutions. Pour le protéger, et surtout protéger les autres, nous avions décidé de le mettre dehors, mais ses co-hébergés ont demandé de le laisser à l’appartement. C’était leur décision, donc nous l'avons respectée. Malgré tout, il a continué à se mettre et à mettre les co hébergés de plus en plus en danger. Après 6 mois et après en avoir discuté très longuement avec lui et ses co-hébergés, nous avons décidé de l’exclure de l’appartement.

Cet échec, notre échec, a soulagé M. A.. Peut-être que si cet hébergement avait été individuel, nous aurions pu mieux travailler avec lui. Enfin, la porte ne lui est pas définitivement fermée. Au contraire, nous continuons à chercher les raisons de cet échec, d’entrevoir d’autres pistes de travail avec lui. Bien sûr, s’il est en mesure de le faire, il pourra réintégrer l'appartement.

Monsieur M

M M. Monsieur M est arrivé à Issy-les-Moulineaux en janvier 2012. A la rue il avait son rythme, et des difficultés particulières parfois très éloignées de ce qu'on peut attendre habituellement d'un comportement classique.

L'appartement lui a tout d'abord offert un cadre rassurant, qui lui a permis de se poser, se reposer. Il y a rapidement pris ses repères et a eu beaucoup de respect pour le lieu, ayant des exigences élevées (ménage, vaisselle, tâches du quotidien…). Il s'est véritablement installé dans le logement, jusqu’à l’appeler « sa maison ».

Ce nouveau cadre nous a rapidement permis d’identifier les difficultés de M. M. Nous sommes repartis de la base : il a fait le nécessaire pour refaire sa CMU et entamé son parcours de soins. Après plusieurs rendez vous médicaux et des examens pour un bilan, un diagnostic médical a été posé : nous le savions malade, mais M. M l'était gravement. Même s'il ne prend pas son traitement régulièrement, et qu'il ne fait qu'envisager l'abstinence, la situation est clarifiée. Il connait dorénavant les risques liés à ses comportements et sait qu’il y a des possibilités de soins.   

Monsieur O.

Mr O. Après des années à la rue, Monsieur O. était demandeur d’un hébergement et d'un suivi social. Hébergé en hôtel et ayant débuté un parcours de soins depuis 6 mois, sa prise en charge touchait à sa fin, sans possibilité de renouvellement.

Nous avons alors orienté Monsieur O. vers l’appartement d’Issy, pour lui offrir le cadre sécurisant qui lui permettrait de continuer son parcours d’insertion. Arrivé en décembre 2011 dans le logement, il est l'un de ses premiers résidents et y a vécu seul dans un premier temps avant d'y être rejoint par trois autres co-hébergés.

Il a pris le temps de s'installer progressivement dans sa chambre et dans le reste de l'appartement. Après plusieurs mois, M. O. fait même visiter le logement et sa chambre avec plaisir, des espaces qu'il a investi, organisé et dont il a pris soin.

L'objectif étant l'accès aux soins, Monsieur a de lui-même rencontré les différents professionnels de santé. Il s’est également mobilisé pour préparer sa sortie de l’appartement. Ainsi, après plusieurs demandes d’Appartement de Coordination Thérapeutique (logement assorti de soins pour les personnes malades chroniques et en situation de précarité), il a obtenu une place au sein des ACT Cordia.  

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