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Retour sur la conférence du 12 mars sur la mendicité

Le 17 avril 2015 | Actualités - Evénements -

Ce 7ème cycle des Conférences de L'Olivier s'est achevé le jeudi 16 avril sur la thématique "Sortir de la rue". La conférence précédente, animée par Julien Damon, était consacrée au phénomène de la mendicité. Retour sur l'évènement.

Le 12 mars dernier, le CHRS L'Olivier d'Aurore avait l'honneur d'accueillir Julien Damon, qui - en sa qualité de professeur à Sciences Po et de Docteur en sociologie ayant consacré une large part de ses recherches aux domaines de l’urbanisme et de la pauvreté - est intervenu sur la thématique de la mendicité et son histoire. Comme d’habitude, la présentation a été suivie d’un temps d’échange avec le public. A ses côtés siégeaient François Fassy, Trésorier adjoint d'Aurore ; Hervé Leservoisier, Directeur du Développement Social par l'Habitat du Logement Français - bailleur social partenaire des conférences de L'Olivier - ainsi qu'Armando Magallanes, Directeur du pôle Hébergement d'Aurore. Vivien Gasq, Secrétaire général de l'association, animait quant à lui la conférence et les échanges qu'elle a occasionnés.


De gauche à droite : Vivien Gasq, François Fassy, Hervé Leservoisier, Julien Damon et  Armando Magallanes.

 

Un traitement de la mendicité historiquement répressif

Au cours de cette conférence, Julien Damon a rappelé l'histoire séculaire répressive de la France vis-à-vis de la mendicité et du vagabondage. En effet, les premières mentions de ces deux phénomènes - pas systématiquement liés mais ayant tendance à être traités de la même manière - dès le XIVème siècle, tendent à les dépeindre comme des délits, des menaces à l'ordre public, des déviances devant être condamnées. Au fil de l'Histoire, mendiants et vagabonds ont donc été soumis à des mesures punitives variant suivant les époques : bannissements, exécutions capitales, travaux forcés comprenant les peines de galères, les déportations dans les colonies, ou encore le travail obligatoire par l’enfermement en dépôts de mendicité. Ainsi, pendant des siècles, la volonté étatique globale était de protéger la société de ces populations marginales, perçues comme dangereuses et néfastes.

Mais au fil du temps, et en rapport avec les évolutions du contexte social global, la criminalisation de ces phénomènes est peu à peu devenue obsolète, pour laisser place à des réponses publiques davantage axées sur l'assistance : "Si les mendiants ont longtemps été envisagés comme des asociaux qu'il fallait éliminer, ils sont aujourd'hui considérés comme des individus pourvus de droits économiques et sociaux", explique Julien Damon. Pour autant, ce n'est qu'en 1994 que le délit général de mendicité - en tant que sollicitation, directe et non agressive, d'argent - est officiellement abrogé. Désormais, seuls 3 délits relatifs à l'exploitation de la mendicité sont répréhensibles : la provocation à la mendicité ; la privation de soins et la traite des êtres humains. A noter que depuis la loi de 2003 sur la sécurité intérieure, la mendicité est redevenue un délit si elle est faite de "manière agressive" ou sous la "menace d'un animal".

 

Une ambiguïté persiste : assister ou condamner ?

Si la mendicité est aujourd'hui davantage appréhendée comme une problématique sociale que comme une déviance répréhensible, demeure néanmoins une certaine ambiguïté à l'encontre de ces sujets, et ce à plusieurs niveaux, comme l'a démontré Julien Damon. D'une part, les politiques institutionnelles face à cette pratique peuvent varier suivant les territoires. Ainsi, les collectivités peuvent adopter 4 types de posture : accepter ou intégrer ; tolérer - soit aménager et/ou circonscrire ; restreindre ; interdire. "Si l'interdiction n'est pas légalement possible, dans la pratique cette posture se manifestera par exemple par le harcelèment policier des personnes mendiant", explique Julien Damon. D'autre part, bien que la légalité de ces démarches soit contestable, on note régulièrement l'apparition d'arrêtés municipaux anti-mendicité, au titre de préoccupations de "tranquillité" et/ou de "santé publique".

Dans la continuité de ces phénomènes, Julien Damon a expliqué que l'errance et la mendicité, leur perception et donc gestion par les pouvoirs publics ont tendance à être saisonnièrement influencées : "C'est ce qu'on appelle la gestion au thermomètre : il existe une hystérie sociale à repousser et/ou réprimer les plus précaires en été, qui se transforme en hiver en une hystérie à aider et protéger".  Un phénomène bien connu des acteurs associatifs impliqués dans l'accompagnement des plus exclus, qui dénote bien une certaine subjectivité dans la perception de la précarité.

D'autant plus que, lors de cette même conférence, Julien Damon a démontré qu'au niveau individuel même, il existe chez chacun d'entre nous des mécanismes de réaction à la mendicité : "Nous développons tous des stratégies pour répondre aux sollicitations de rue : certains donnent toujours, d'autres jamais, d'autres vont avoir "leur" pauvre (un habitué du quartier par exemple). Nous avons tous, consciemment ou non, des critères, des préférences : l'âge, l'apparence, l'attitude..." De fait, d'une certaine manière, il existerait donc bien une appréhension morale de la pauvreté, une certaine dichotomie entre le "bon" et le "mauvais" pauvre, le mendiant "digne" ou "indigne"...

 

Lien social et réponses institutionnelles

La mendicité a sans doute toujours existé et il ne paraît pas concevable qu'elle puisse disparaître un jour. D'autant plus que cette pratique ne représente pas seulement un outil de ressource économique : certaines personnes isolées y voient aussi un support de lien social. "La mendicité n'est pas systématiquement liée à la nécessité de ressources financières : des personnes stabilisées continuent de mendier pour entretenir des rapports sociaux, tandis qu'à l'inverse beaucoup de sans-abri n'ont jamais eu recours à cette pratique".

Selon Julien Damon, il convient donc avant tout d'unifier et de clarifier les réponses institutionnelles au phénomène de mendicité, afin de ne pas créer de déséquilibres entre les territoires, que ce soit au niveau national ou européen. "Il existe une grande diversité d'approches en Europe, la France est selon moi l'un, sinon le, pays le plus tolérant vis-à-vis de la mendicité. A l'Est par exemple, on applique des politiques ultra sécuritaires rendant la mendicité assez risquée". En parallèle, Julien Damon a tenu à rappeler l'existence d'un cadre juridique strict concernant l'exploitation de la mendicité, qui, selon lui, gagnerait à être davantage connu et appliqué afin de protéger les enfants soumis à la manche notamment.

Mots clefs associés : Précarité    Colloque   
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