Accueil > Pôle habitats > La fin des vacances d'Aurora
Illustration WP id=18488

La fin des vacances d'Aurora

Le 07 janvier 2014 | Actualités - Témoignages -

Marie Sainte-Marie est de retour (vous l'aviez découverte avec ses "Chroniques d'une assistante sociale"). Elle revient avec une nouvelle histoire, celle des "vacances d'Aurora", une marionnette qui découvre ce que sont les vacances ; ou comment l'imagination de cette assistante sociale de trois résidences sociales du pôle Habitat d'Aurore a permis de donner l'envie et le courage nécessaire à huit familles pour concrétiser leur projet vacances.  

Résumé de l'épisode 4 : Après un départ un peu stressant, Aurora découvre la détente, le soleil...et les animaux du zoo.  

 

Partie 5 : La fin des vacances d'Aurora

La plus belle journée, pour Aurora comme pour les familles, est celle où elles ont pris le bateau pour une croisière à destination de l’île d’Hoëdic Aurora n’est pas très rassurée : c’est une chose de marcher au bord de l’océan, sur la terre ferme, c’en est une autre de monter sur un bateau et de sentir les vagues faire bouger le plancher ! Heureusement, elle a des bras accueillants où se réfugier.

Le bateau accoste enfin dans un joli petit port. Et cela rend les mamans visiblement heureuses d’être dans un endroit aussi beau.

Il ne faisait pas très chaud le matin, mais au fur et à mesure de la journée, les vêtements tombent et des courageux arrivent même à se baigner.

Sous l’oeil attentif de Guillaume, l’animateur préféré de ces dames.

Pendant que les familles visitent le fort et jouent aux prisonniers… Aurora va se balader toute seule…Et c’est ainsi qu’elle rencontre Kepch, un beau bélier qui passe sa vie à folâtrer dans les prés salés de l’île. Et c’est ensemble qu’ils repartent !

Le soir, Aurora n’est plus seule pour aller faire la folle et sauter sur les lits dans les chambres avec les enfants ! Les mamans profitent des derniers jours pour poser comme des stars face à l’océan... Seules ou en trio...

Pendant que tout le monde est occupé, Aurora et Kepch en profitent pour faire des siestes au soleil, se raconter leur vie et se câliner.

Et puis le dernier jour arrive. Les enfants préparent un spectacle avec Emilienne… Ugo pleure quand Emilienne lâche sa main parce que c’est la première fois qu’il monte sur scène et ça fait bien rire les filles. Puis Maya l’abeille arrive…

Et le spectacle... Et le feu d’artifice...

Lorsque Karima fait une danse orientale et des youyous, Philippe, le directeur s’agenouille auprès d’elle pour être à sa hauteur et lui faire la bise. Puis il y a les adieux avec Emilienne et Guillaume…c’est triste !

 

Le retour

Le samedi 17 au matin, la porte de Port au Roc se referme sur de beaux souvenirs. Les familles reprennent le bus puis le TGV puis le métro, le RER et de nouveau le bus pour regagner les trois résidences sociales de La Marne, La Montagne et La Fontaine.  

Pour de nombreuses personnes, comme pour Aurora, ces vacances ont été une première : premières vacances, première rencontre avec l’océan, première expérience de tir à l’arc ou à la carabine, premier séjour en pension complète dans un endroit très classe, première croisière…   « C’était les plus belles vacances de ma vie. », « J’ai tout aimé de ce voyage », « Il n’y avait que du bonheur », « J’ai tout oublié de mes soucis » sont les phrases qui reviennent le plus souvent… Karima s’est sentie « comme une jeune fille de 20 ans, gâtée comme une princesse ». Adjo dit :

« Si le but de ce projet était de nous voir heureuses et de nous rapprocher de nos enfants, bravo, parce que vous avez réussi à mettre de la joie dans nos coeurs. »

Mais la vie ne s’arrête pas aux vacances !

Minata a mis un terme à son congé parental et a repris son travail, puisqu’à Noisy les enfants sont accueillis dès 2 ans en maternelle.

Anny et Karima ont trouvé un travail à partir de la rentrée scolaire et s’organisent avec d’autres familles pour garder mutuellement leurs enfants car elles n’ont pas les mêmes horaires.

Adjo a repris son travail à plein temps. Elle a eu la surprise quelques jours après son retour de voir arriver sa fille d’Afrique. Elle est heureuse que ses enfants soient réunis et au moment où s’écrivent ces dernières lignes, elle visite un logement et se prépare à quitter la résidence de La Marne.

Aude et Assatou ont repris leurs quelques heures de travail quotidien mais ont pris des rendez vous pour rechercher un emploi plus conséquent qui leur permette de mieux vivre.

Ossanga a relancé sa formation et ses recherches d’emploi avec Aude et Assatou.

Sacko se prépare pour la naissance d’un petit frère pour Bouna.

Quant à Aurora, ce n’est plus l’agnelle qu’elle était, c’est maintenant une belle et fière brebis prête à croquer la vie.  

Au début, avec Kepch, ils ont bien essayé de reconstituer une plage… ils ont collé leurs oreilles à des coquillages pour entendre la mer, comme avait dit Aïcha, mais ils n’ont pas trouvé évident de se retrouver là-bas.

Ils se sont un peu disputés et beaucoup ennuyés, alors ils ont décidé d’aller proposer leurs services à la ferme pédagogique de Neuilly Plaisance où ils « travaillent » à plein temps, sont nourris, hébergés et tondus une fois l’an, comme les autres moutons de la ferme. A leur façon, ils essaient de mettre de la joie dans les coeurs des enfants qui viennent les voir et reçoivent en échange de nombreux câlins ; et ça, ils aiment beaucoup.     Et pour prendre un bain de souvenirs et de bonne humeur, pour regonfler les batteries quand elles seront à plat et redonner du coeur à l’ouvrage à tous, des photos de ce voyage seront affichées sur les murs des bureaux des résidences.  

 

Lire la présentation de Marie Sainte-Marie

 « C’est l’histoire de quelqu’un qui se bat pour qu’existe autre chose qu’une triste et fatale réalité. C’est l’histoire de quelqu’un qui apprend à voir au-delà des apparences pour mieux comprendre le monde. C’est l’histoire d’un départ en vacances, de rencontres sur le chemin, de moments partagés, et d’une fabrique de souvenirs. C’est une histoire qui dit qu’il n’est pas fou, celui qui se bat pour la beauté, la justice et la tolérance. Et qu’il n’est pas seul non plus... »

Depuis de nombreuses années, j’aide des personnes à accéder ou à rétablir leurs droits, à améliorer leur situation financière et professionnelle mais depuis quelques années, je me dis que, certes, tout cela est important mais l’essentiel n’est pas là.  

Le fait d’accéder à un logement autonome après des années d’hébergements précaires, amène souvent des larmes de joie sur les visages. Mais pas forcément la joie de vivre. Ceux que j’accompagne se disent souvent que la joie de vivre, le projet d'une vie vraiment meilleure, ou juste « comme tout le monde », ce n’est pas pour eux. Eux, ils en sont au stade de la survie au quotidien. Alors leur parler de vacances, c’est aussi éloigné de leurs préoccupations que l’est le pôle sud !  

Dans une autre vie, pas si lointaine que ça, mon mari et moi, jeunes parents agriculteurs, survivions avec moins que le RSA d'aujourd’hui. Ce sont pourtant les « vacances » qui nous permettaient de tenir, de continuer le projet de vie que nous avions choisi. Puisque nous n’avions pas les moyens d’envisager une formule type « Club Med » il nous a fallu faire preuve d’imagination pour pouvoir offrir à nos enfants de vraie vacances. Nous nous sommes interrogés sur ce que c’étaient, pour nous, des « vacances » : c’était faire autre chose, se décaler du quotidien, sans pour autant l’oublier.  

Pour nous, cela s’est traduit par l’installation d’une tente au bord de la rivière, à quelques centaines de mètres de la maison. Les enfants, dorés comme des pains d’épice, y ont vécu pendant 2 mois comme des sauvageons pendant que nous continuions de travailler la journée. Mais le soir, nos patates étaient cuites sous la braise et nous nous endormions la tête sous les étoiles, bercés par les bruits de la nuit (le hululement des hiboux, le craquement des branches, les courses des cerfs, des renards et des sangliers). Ces vacances là ont très fortement contribué à développer chez nos enfants le sens de l’imagination, de la débrouillardise, la capacité de trouver en eux les moyens de surmonter leurs peurs, la faculté de relativiser, de faire "comme si", de rêver à une vie différente, non pas en enviant celle des autres mais en expérimentant autre chose. Ils y ont gagné en autonomie et dans leur souvenir, elles sont une référence de liberté, de joie de vivre et de bonheur.  

Nos difficultés de vie de l'époque n’étaient guère différentes de celles dans lesquelles se débattent les familles que j’accompagne aujourd’hui en résidence sociale. En général, je commence à parler de vacances vers le début du mois de mars, par petites allusions, sans insister, puis, en avril, je propose une réunion des résidents pour parler plus précisément de leurs projets ou au moins de leurs envies. Chaque année je m’étonne du peu de personnes qui s’autorisent à faire des projets de vacances, malgré la proposition de financer ces projets par l’intermédiaire de l’ANCV.  

Cette année, j'ai voulu faire des propositions un peu différentes, telles que des séjours dans des familles d’accueil d’agriculteurs, ou partir tous ensemble…. Rien, aucune réaction… ! Il y a de quoi être quelque peu désappointée. Ce n’est pas le bagne que je leur proposais, juste des vacances…. ! A défaut de m’appuyer sur leurs regards, le mien est tombé sur la marionnette d’un mouton qui décorait mon bureau.... J’ai mis la main sous sa tête et dès lors, parce que j’étais profondément convaincue que cette médiation permettrait la libération de la parole, c’est elle qui a « parlé ». Elle a dit qu’elle ne savait pas ce qu'étaient des vacances ; que ça lui faisait envie mais aussi peur, qu'elle cherchait quelqu'un pour lui expliquer et puis l’accompagner.

Alors, ce que les résidentes n’avaient pas osé me dire, elles le disaient sans retenue à la marionnette. Grâce à cette idée ce sont 11 familles, soit 32 personnes au total, qui se sont laissées séduire par l’idée de surmonter leur peur pour partir ensemble en vacances avec cette petite agnelle qu’elles ont appelée Aurora. Finalement 8 familles, (2 familles ont préféré des vacances individuelles), soit 20 personnes ont concrétisé ce projet.

Parce que je n’avais pas respecté un protocole dont j’ignorais l’existence, je n’ai pas été autorisée à accompagner les familles. Si, au début, je l’ai ressenti comme une sanction personnelle qui risquait de compromettre le projet des familles, très vite, après avoir obtenu l’assurance qu’elles ne trahiraient pas leur promesse d’emmener Aurora au bord de la mer, je me suis dit que mon absence, en ne les stigmatisant pas, était une opportunité pour elles de vivre une expérience de familles « normales », dans un centre de vacances « normal ».

A voir les photos, les sourires sur tous les visages, je me dis que j’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé : apporter un peu de joie de vivre et constituer une réserve de souvenirs dans lesquels puiser pour faire face aux moments difficiles qui eux, n’ont pas disparu pour autant. Si le départ en vacances a permis aux familles de se décaler des difficultés du quotidien, le retour a bénéficié du dynamisme enclenché et a abouti, pour la totalité des familles, à un désir de changement et pour la plupart à un résultat positif (relogement, reprise ou début d’un emploi ou d’une formation).

Je constate, une fois de plus, que lorsque les gens sont bien dans leur tête, ils trouvent l’énergie pour faire eux-mêmes les démarches nécessaires à l’amélioration de leur vie. Autant de démarches que je n'aurai pas à impulser, encourager, rappeler moi-même... et parce que je considère la paresse comme un art de vivre, je m’en trouve tout à fait satisfaite au niveau professionnel !

 

Marie Sainte-Marie  

Mots clefs associés : Personnes accueillies   
Lire aussi

Le livre blanc sur les alternatives à la prison

Pourtant rappelée à l'ordre chaque année par la CEDH pour les conditions de vie déplorables dans les prisons françaises, la France...

Retour sur la convention 2017 d'Aurore

Le 27 juin, plus de 1 000 personnes, salariées, bénévoles ou accueillies, étaient réunies à la Cité des Sciences pour la convention...

Atelier de l'Arsenal : une nouvelle expérience de mixité dans la ville

A lire dans Le Monde : Aurore réitèrera dans les années à venir l'expérience des Grands Voisins avec le projet collectif de l'Atelier...

Les Grands Voisins lancent l'Université Populaire Libre et Solidaire !

Différentes thématiques sur les enjeux de notre société seront abordées chaque mercredi du 6 septembre au 20 décembre de 18h...

Tous les articles sur ce thème