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Usagers de crack : vers une solution à leur sur-exclusion ?

Le 04 septembre 2013 | Actualités - Témoignages - Portraits -

« Je suis un survivant », explique Fakanda, un sourire aux lèvres, content d’être là pour raconter son parcours. Il fait partie des 14 personnes consommatrices de crack qu’héberge et accompagne Mijaos depuis plus de 2 ans. 

 

Crack : une drogue aux conséquences mal connues

Dans sa petite chambre d’hôtel, Fakanda explique en servant le café comment il est arrivé là : « Avant j’étais dans la toxicomanie », dit-il comme si c’était une spécialité. « J’ai consommé de l’héroïne d’abord, et puis j’ai essayé le crack ». A 40 ans, il a passé la moitié de sa vie à fumer du crack. « ça te fais sentir le maître du monde pendant 5 à 10 secondes. C’est tellement éphémère que tu veux tout de suite en reconsommer et si t’en as pas sous la main, c’est l’angoisse », témoigne-t-il. Comme la cocaïne, le crack est un stimulant, qui rend hypersensible à l’environnement, ce qui peut aussi entraîner des attitudes paranoïdes. « Je fumais non-stop sans manger, sans boire, sans dormir pendant 3 jours, jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Quand tu prends du crack, tu te coupes de tout » , explique Fakanda.

Souvent en situation de précarité, les usagers de crack (connue pour être la drogue du pauvre) n’entrent pas dans les circuits sociaux classiques. Exténués aux rendez-vous, très irritables, ils vivent au jour-le-jour, ont des situations administratives chaotiques, et souvent des parcours entrecoupés d’allers-retours en prison. Face à ces problématiques et à un public, qui ne demande rien, difficile à « accrocher », les travailleurs sociaux sont démunis. « La difficulté, voire l’impossibilité, pour les personnes de s’inscrire dans un cadre strict ont entraîné ce public vers la « sur-exclusion », explique François Hervé, directeur du pôle Addictions Santé Précarité. En 2010, c’est la préfecture de Paris qui sollicite Aurore pour prendre en charge le public de la place Stalingrad, en grande majorité consommateur de crack et en errance. La composition de l’équipe (infirmière, assistante sociale, médecin…) et l’expérience de MIJAOS en matière d’accompagnement de personnes en grande précarité ayant besoin de soins, lui permettent de se lancer dans l’expérimentation.

 

« Avec de la souplesse et de l’accompagnement, tout est possible »

Avant de poser ses affaires dans son hôtel du 18ème, Fakanda a vécu 4 mois sous le pont de La Chapelle.

« J’avais déjà eu affaire au 115, mais je ne voulais pas retourner dans ces centres. C’est Magalie, ma référente de Coordination Toxicomanie qui m’a parlé des chambres d’hôtel. J’ai accepté sa proposition parce que c’était plus tranquille qu’un centre d’hébergement » dit-il.

Geneviève Baraton, directrice adjointe du pôle, a basé tout le projet sur la souplesse et l’accompagnement : « On fixe comme unique condition d’accès de respecter le lieu d’hébergement et de maintenir le lien avec les équipes accompagnantes. Il n’y a pas d’horaire pour entrer ou sortir, on ne leur demande pas non plus d’arrêter de consommer ». En plus de sa référente avec qui il est toujours en lien, Fakanda peut compter sur l’aide de Malika, l’assistante sociale de MIJAOS, qu’il rencontre une fois par semaine et qui l’aide à régulariser sa situation administrative. Une infirmière peut accompagner également les démarches de soins :

« La drogue cache souvent les maladies. 50% des personnes accueillies révèlent une maladie chronique en ralentissant leurs prises. Et 100% d’entre elles ne parviennent pas à se faire accepter dans les lieux de soins sans accompagnement », explique Geneviève Baraton.  

 

Après 2 ans ½ d’expérimentation, l’heure est à l’évaluation

Alberto est chef de service du CAARUD EGO STEP d’Aurore. Il connaît la grande majorité des personnes suivies par Mijaos : « Ils sont métamorphosés psychiquement et physiquement. Quand on est à la rue on survit ; avec un toit, ils reprennent soin d’eux, ils se rendent compte que la vie n’est pas finie », déclare-t-il.

Pour Fakanda, cet hébergement a tout changé : « J’ai arrêté de fumer du crack depuis 4 mois, et je n’en serais pas là si je ne m’étais pas senti aussi soutenu ». Si toutes n’ont pas entrepris un sevrage, les personnes accueillies ont régulé leur consommation, entrepris des démarches administratives, et commencé à se projeter, même à court terme. Pour le directeur du pôle : « Il est temps d’évaluer le projet et de faire valoir les aspects positifs qui s’en dégagent déjà, pour déterminer si l’expérimentation de Mijaos peut être reproductible, et, peut-être, poursuivie à plus long terme. »  

Mots clefs associés : Addiction    Personnes accueillies    Maladies chroniques    Exclusion   
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