Accueil > Pôle accueils, santé, précarité > Robert Castel réalise une radioscopie de la précarité 6/7
castel_robert-castel

Robert Castel réalise une radioscopie de la précarité 6/7

Le 26 août 2013 | Actualités - Tribunes -

Depuis 2010, Aurore invite des spécialistes, des médecins, des chercheurs ou des penseurs à étudier, explorer des thèmes qui interrogent la pratique des professionnels et le travail de l'association. Ils se donnent rendez-vous quatre fois par an au centre de stabilisation L'Olivier et abordent des questions comme la parentalité, l'insertion professionnelle ou la dépendance par exemple.

Aurore veut aller plus loin en ouvrant sa réflexion au plus grand nombre lors d'une journée de colloque qui se tiendra le 2 octobre prochain sur le thème "Les angles morts de la solidarité". Objectif : définir, examiner, comprendre et trouver des solutions au phénomène de sur-exclusion.

Robert Castel, célèbre sociologue du travail et de l'exclusion social, décédé en mars 2013, travaillait régulièrement avec Aurore. Il avait pris part, dès l'origine au comité scientifique "Maraudes", initié par Aurore et avait également proposé, lors du premier cycle des Conférences de l'Olivier en 2010, une "Radioscopie de la précarité". Nous tenons à lui rendre hommage et comme une introduction aux futurs échanges du colloque du 2 octobre, nous vous proposons de (re)découvrir son intervention ici.    

 

    Extrait de la conférence : partie 6/7

  • Question : Vous avez dit que, sans doute, ces changements, l’arrivée de cette nouvelle précarité, feraient évoluer le travail social… pouvez-vous nous en dire plus ?

Robert Castel : Sans doute, mais c’est tout un programme… En quelques mots parce qu’on pourrait beaucoup en dire : jusqu’à la fin des années 70, le travail social classique avait essentiellement à faire à des populations qui étaient incapables de travailler du fait de handicaps de toutes « sortes ». Le travail social consistait en l’aide à ce type de population, dans ce qu’on pourrait appeler une relation de service entre un professionnel et un client, en tentant d’améliorer la situation de ces personnes en déficit.

À partir des années 1980, on voit émerger, comme une « clientèle » possible des interventions sociales, un autre type de population. Ces personnes ne sont pas incapables de travailler mais elles n’entrent pas dans le monde du travail. On rencontre aujourd’hui des jeunes de 30 ans qui n’ont connu que la précarité. Alors qu’à une autre époque ces jeunes seraient sortis de l’école à 16 ans et seraient entrés dans le monde du travail, en usine par exemple, sans qu’ils aient besoin d’être pris en charge. Vingt ans plus tard, ce n’est plus vrai et de ce point de vue, ce n’est pas la même pratique de l’intervention sociale qui se déploie. Par exemple, un jeune de banlieue qui a des difficultés avec le travail mais aussi, souvent, des problèmes du côté du logement, de l’environnement, on ne le prendra pas seulement dans une relation personnalisée où un travailleur social s’occupera de lui. On essayera de monter des politiques territorialisées où, pour le sortir de cette situation, on pratiquera le partenariat. On fera appel à des intervenants sociaux, mais aussi des représentants de la municipalité ou des administrateurs…

Ces politiques, type DSQ, qui ont commencé dès le début des années 1980 et se sont prolongées en Politique de la ville, ont donné naissance à de nouvelles formes de travail, comme par exemple les régies de quartier. Actuellement, les politiques d’insertion ne sont pas seulement du travail social classique. D’autres exemples pourraient souligner la différence entre cette façon d’intervenir auprès de gens en difficulté et ce qu’avait conceptualisé Erving Goffman sous la forme de la relation de service, de type clinique, entre un professionnel et un client. Le travail social classique, arrivé sous cette forme à son point culminant vers les années 1975, s’était professionnalisé, dans ce cadre de la relation de service de type clinique. Aujourd’hui, les travailleurs sociaux travaillent avec les représentants d’association, de la Mairie, des usagers et même des policiers dans des structures qui se veulent plus collectives, qui tiennent compte de l’environnement des bénéficiaires. 

Pour accéder aux parties précédentes :

Mots clefs associés : Colloque    Précarité   
Lire aussi

CAO dans les Deux-Sèvres

Le 1er juillet, Aurore s'est vue confier la gestion d'un centre d'accueil et d'orientation (CAO) situé dans les Deux-Sèvres afin...

Concert et vide grenier aux SAVS

Le 24 juin, les Services d'accompagnement à la vie sociale d'Aurore, qui accueillent à Paris une centaine d'adultes ayant un handicap...

En coulisses avec le Ferraillouz'band

"Explosion de couleurs" est le deuxième spectacle du Ferraillouz’band, formation de percussionnistes est composée de neuf résidents...

La campagne vécue dans les services

Comment les personnes en situation de précarité ont-elles vécu la campagne électorale ? Même sans accès au droit de vote, les...

Tous les articles sur ce thème