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Robert Castel réalise une radioscopie de la précarité 5/7

Le 19 août 2013 | Actualités - Tribunes -

Depuis 2010, Aurore invite des spécialistes, des médecins, des chercheurs ou des penseurs à étudier, explorer des thèmes qui interrogent la pratique des professionnels et le travail de l'association. Ils se donnent rendez-vous quatre fois par an au centre de stabilisation L'Olivier et abordent des questions comme la parentalité, l'insertion professionnelle ou la dépendance par exemple.

Aurore veut aller plus loin en ouvrant sa réflexion au plus grand nombre lors d'une journée de colloque qui se tiendra le 2 octobre prochain sur le thème "Les angles morts de la solidarité". Objectif : définir, examiner, comprendre et trouver des solutions au phénomène de sur-exclusion.

Robert Castel, célèbre sociologue du travail et de l'exclusion social, décédé en mars 2013, travaillait régulièrement avec Aurore. Il avait pris part, dès l'origine au comité scientifique "Maraudes", initié par Aurore et avait également proposé, lors du premier cycle des Conférences de l'Olivier en 2010, une "Radioscopie de la précarité". Nous tenons à lui rendre hommage et comme une introduction aux futurs échanges du colloque du 2 octobre, nous vous proposons de (re)découvrir son intervention ici.  

 

Extrait de la conférence : partie 5/7

  • Question : En nuançant un peu vos propos, il semble que dans le cadre du Grenelle de l’insertion, les usagers, futurs bénéficiaires du RSA, soient invités légalement, à participer au dispositif qui les intéresse. La nouveauté dans le cadre du RSA est bien de leur permettre de trouver une place qui n’existait pas aussi fortement lorsque le RMI a été mis en place. Mais la difficulté, liée peut-être à notre culture, est d’envisager des formes non "manipulantes" de participation, afin qu’ils prennent une véritable place d’acteur.

Robert Castel : Sans doute, je dis simplement qu’il est difficile pour les précaires de trouver une place commune. On peut tirer des enseignements nuancés des politiques territoriales, qui ont débouché sur les politiques de la ville, comme le DSQ (Développement Social de Quartier). Il y avait là l’intention sincère de faire participer les usagers. Pourtant les évaluations qui en ont été faites ont montré que la participation des usagers n’était pas grande, voire même inexistante. Si cette participation ne me semble pas impossible, elle est très difficile à réaliser.  

  • Question : Ma question tournerait autour de cette notion de « descenseur social », dont font référence certains articles du Monde. Est-ce que ce « descenseur social » est d’après vous plutôt une utilisation médiatique en vue de nous faire accepter une pseudo fatalité à laquelle il faut se résigner, ou bien est-ce significatif, en tant que sociologue ?

Robert Castel : On peut faire des constats objectifs mais il y a ensuite l’interprétation qu’on leur donne. Du point de vue du constat, il est incontestable que pour des gens de ma génération, il y a eu une dynamique d’ascension sociale –qu’on appelle en sociologie, la mobilité ascendante – durant la période d’après-guerre jusqu’au début des années 1980.

Aujourd’hui le mouvement est au moins freiné et sans doute interrompu. Les enquêtes d’opinion, dont il faut parfois se méfier, soulignent que la majorité des Français (on pourrait dire des choses voisines en Allemagne) pensent que leurs enfants auront une situation plutôt inférieure à la leur, ce qui est en partie vrai. Un travail fait par Louis Chauvel, sociologue, montre que la classe d’âge qui arrive à la trentaine, risque de se retrouver plutôt au-dessous de la situation de ses parents, en termes de revenus et de place dans la division du travail. C’est donc une donnée. Il y a ensuite l’interprétation que l’on fait de cette donnée. Son interprétation peut devenir idéologique, politique ou en tout cas discutable.

À ce propos, Eric Maurin a écrit un livre, dont on a beaucoup parlé qui s’appelle La Peur du déclassement. Il y fait une argumentation, que je trouve suspecte, sur cette peur en affirmant qu’il existe très peu de déclassement social. Certes, statistiquement, le nombre de personnes vraiment installées dans le chômage serait d’environ 1 %, ce qui est peu. Cela offre une caractérisation très restrictive du déclassement. Car il est discutable que pour être considéré comme déclassé il faille être complètement largué, exclu, au sens fort du mot. Le type d’analyse que je viens de faire sur la précarité me semble plus large et aussi plus résolu. Il y a des formes de dégradation de la situation qui ne sont pas de l’exclusion pure et simple mais qui représentent une dynamique importante de perte de statut et de ressources.

Il y a donc les données, puis le choix de mettre l’accent sur telle ou telle chose dont on peut tirer des conclusions très différentes. Eric Maurin nous dit que le « vrai » déclassement social est un risque assez minime, mais que la peur du déclassement est très répandue.

Effectivement, certaines enquêtes d’opinions montrent que la moitié de la population française craint de devenir SDF ce qui est, objectivement, exagéré. Eric Maurin en tire la conclusion suivante : nous sommes trop protégés (puisqu’il existe encore en France des systèmes de protection sociale assez efficaces) et de ce fait nous avons peur de perdre ces protections. Nous mourons de trouille. Et sous-entendu, si nous étions moins protégés, peut-être que nous serions plus souples et moins malheureux. Voilà une interprétation politique de données que je trouve plus que discutable. Il y a un monde entre des éléments de diagnostic de situation sociale permettant, si l’on travaille sérieusement, d’être relativement objectif et des interprétations idéologiques et politiques aléatoires, plus discutables.

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