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Retour sur le colloque "Les angles morts de la solidarité"

Le 10 octobre 2013 | Actualités - Evénements -

Le 2 octobre dernier, Aurore organisait pour la première fois, un colloque, avec l'objectif de mettre la lumière sur les angles morts de la solidarité. Une journée à laquelle plus de 500 personnes étaient présentes, parmi lesquelles de nombreux travailleurs sociaux, responsables associatifs, administrateurs, étudiants et bénévoles.   

 

Sur-exclusion et Solidarité : regards croisés des experts

Le mouvement associatif est le dernier filet de la solidarité nationale”, a rappelé Louis Gallois, président de la FNARS, en ouverture de cette journée.

Responsabilités et devoirs partagés par un acteur politique et emblématique de la lutte contre l’exclusion : Michel Pouzol, député de l’Essonne et ancien sans domicile-fixe, qui a vécu trois ans dans un abri de fortune avec sa famille, était présent à notre plénière d’ouverture.

Je ne comprenais pas le système, devant l’assistante sociale je me suis effondré en larmes ; alors seulement on m’a donné le RMI”.

Le phénomène de sur-exclusion n’est pas nouveau, comme l’a souligné le sociologue Albert Ogien : “Depuis près d’un siècle maintenant, toutes les personnes qui auraient le droit légitime à bénéficier de la solidarité nationale ne sont pas prises en compte : sélection des clientèles, hiérarchie des ayants-droit, séparation en méritants et non méritants, rejet des irascibles qui entravent le travail des professionnels ou mettent en danger l’institution ; définition implicite de profils types”.

Mais d’un point de vue plus macro, souligne le philosophe Saül Karsz, l’existence de la sur-exclusion serait inhérente à la structure de notre société. La sur-exclusion serait le produit inévitable de l’évolution de nos sociétés au sein desquelles le marché du social renégocie l’offre et la demande ?

Pour le sociologue Nicolas Duvoux, également présent lors de cette matinée, le pilier de l’assistanat a servi de variable d’ajustement à un système qui ne peut plus faire fonctionner la solidarité nationale fondée sur le salariat et la famille stable. “Avec l’introduction du chômage de masse, du travail précaire, une bonne partie des travailleurs ne peuvent plus prétendre aux droits qui leur sont pourtant reconnus. Ceux qui sortent des clous sont renvoyés vers l’assistanat. L’assistanat juxtapose des dispositifs qui cloisonnent les publics exclus de la solidarité nationale (RSA, CMU… etc.). La sur-exclusion est donc la conséquence d’un choix collectif, un choix de société. La lutte contre la sur-exclusion ne peut qu’être une responsabilité collective”.  

 

Des ateliers pour « aller vers » un public en situation de sur-exclusion

  C’est particulièrement au cours des ateliers de l’après-midi que les expériences, témoignages et propositions de terrain ont pu être entendus :
  • Une politique d’action sociale décrite comme à la croisée de deux logiques, l’une transversale, l’autre catégorielle (s’appuyant sur des critères objectifs),
  • Une tension qui génère un jeu préférentiel des dispositifs d’aide et fait courir des risques aux personnes,
  • Des dispositifs catégoriels qui conduisent à ne s’occuper que des personnes qui sont les plus à même de s’exprimer, celles qui ont du capital social, qui sont les plus “méritantes” et les plus autonomes
  • A cela s’ajoute le fait que seules 53% des structures d’hébergement proposent la domiciliation (chiffre DRESS),
  • Et le fait qu’existent des inégalités territoriales dans la prise en charge.

Au-delà des constats, les ateliers ont ouvert des pistes : la co-construction, “faire-avec” l’usager, au sein de dispositifs qui s’organisent autour et avec la personne, favorisant ainsi les circuits-courts en dé-segmentant le travail social ; faire intervenir les citoyens bénévoles pour mieux s’émanciper des normes et règles, une solidarité civile miroir des droits et des devoirs de chacun ; et enfin le décloisonnement...  

 

Décloisonner pour retisser les filets de solidarité

En clôture de la journée, Pierre Coppey, président d’Aurore, a souligné l’importance du décloisonnement : celui des financements, qui donne aux associations une véritable autonomie et leur permet de “mettre les risques au bon endroit” ; celui des dispositifs, en les dé-spécifiant, en encourageant l’entre-aide entre services, au sein d’Aurore et avec les partenaires ; et enfin celui des structures en y intégrant, mieux et plus souvent, les bénévoles et les citoyens en général.  

 

L'après colloque

Parce que cette journée d'échanges est une première temps de la lutte contre la sur-exclusion, Aurore souhaite poursuivre le travail de mise en lumière de ces angles morts. Vous retrouverez bientôt les synthèses des différentes discussions de la journée, mais également, les enquêtes et les témoignages qui alimenteront la réflexion, jusqu'au prochain colloque, en 2014.  

 

Et ci-dessous, le colloque en image (photographies © Laurent Zylberman)

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