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Réduire les risques liés à l'alcool en vivant en logement autonome

Le 11 mai 2012 | Actualités -

Sylvaine Villeneuve effectue la synthèse de l'étude réalisée par Susan Collins sur l'une des expérimentations d'Housing First aux Etats-Unis. Cette chercheuse de l'université de Washington s'est intéressée à la réduction de la consommation d'alcool chez des participants.

Une association de Seattle aux États-Unis a fait la démonstration qu'on pouvait permettre à des personnes sans abri connaissant de sévères problèmes d'alcool d'accéder à un « chez soi » sans avoir cessé de boire, et que cela avait un effet immédiat sur la réduction de la consommation d'alcool.  

Une étude a été conduite pendant deux ans auprès de 95 résidents de l'association DESC de Seattle. Suivis dans le cadre d'un programme Housing First, ils ont été accueillis dans des logements autonomes du centre 1811 Eastlake, en habitat regroupé au sein d'une même résidence, sans condition de sevrage préalable. C'est une application du programme Housing First à des publics à la rue depuis longtemps, mais avec des critères différents de ceux des expérimentations qui se lancent actuellement en France : les personnes intégrées à la cohorte de recherche ont été choisies en raison de leur addiction forte à l'alcool. L'étude, conduite par Susan Collins, chercheuse de l'université de Washington, a ciblé l'évolution de la consommation d'alcool. En deux ans, celle-ci a diminué de 35 %.

 

Logement sous condition

Pour des personnes sans abri, le logement est habituellement proposé lorsque plusieurs conditions sont réunies, dont l'abstinence aux drogues et à l'alcool et l'acceptation de suivi psychiatrique s'il y a lieu. De telles conditions peuvent devenir de véritables barrières pour bien des SDF. C'est vrai en France, ça l'est aussi aux États-Unis.

« Les personnes qui vivent depuis longtemps dans la rue sont nombreuses à connaître de multiples problèmes de santé, qu'il s'agisse de santé en général ou de santé mentale, d'addictions... Hors, pour les héberger, on leur demande de se soumettre à plusieurs conditions : abandonner leurs affaires, respecter les horaires et l'extinction des feu, arrêter de boire, arrêter de prendre des drogues, tout en même temps, ce qui est souvent impossible pour elles. En conséquence, on laisse les plus vulnérables dans la rue », constate en préalable Susan Collins, qui a conduit la recherche.

 

Experimentation à Seattle

Une expérimentation a été engagée à Seattle, par l'organisation caritative DESC qui a fourni des logements à des sans abri, sans conditions préalables de suivi de traitement et de sevrage. Dans cette structure, les personnes acceptent de verser 30% de leurs ressources à la structure d'accueil, lorsqu'elles disposent de moyens propres. En contrepartie, elles bénéficient d'un logement sans limite de durée, ainsi que d'accompagnements médical et social permanents.

L'équipe de Susan Collins a dirigé une étude pendant deux ans auprès d'elles. L'hypothèse des chercheurs était la suivante : si les personnes qui ont passé plusieurs années dans la rue disposent d'un logement stable et permanent, elles seront plus disponibles pour s'occuper de leurs problèmes de santé et d'addictions. L'étude s'est focalisée sur les abus d'alcool. L'étude a porté sur 95 résidents, dont pratiquement tous étaient des hommes (94%).

 

Pour des personnes sans abri, quel effet la stabilité d'un logement a-t-elle sur la dépendance à l'alcool ?

Les résultats :
  • Le nombre moyen de boissons prise en une journée, pendant le jour de plus forte consommation du mois, est tombé de 40 à 26 en deux ans, soit une diminution de 35 %,
  • Le nombre de boissons prises un jour moyen est tombé de 20 à 12, soit une baisse de 40%,
  • Le pourcentage de résidents ayant été sujets d'une crise de delirium tremens récente est passé de 65 à 23 %, soit une baisse de plus de la moitié,
  • Après une année, 80 % des participants étaient encore engagés dans l'étude, 79% après 18 mois et 61 % après 2 ans. Au regard des résultats, la sévérité de l'addiction a été écartée des raisons pouvant amener les participants à quitter la cohorte.

Susan Collins a été frappée par la détermination et la capacité de résistances des résidents : « Lorsqu'ils sont dans la rue, ils sont dans une situation désespérée et consacrent toute leur énergie à survivre. Lorsqu'ils sont chez eux, ils disent tous qu'ils sont heureux de ne plus avoir à boire pour s'endormir, pour oublier qu'ils vivent dans la rue, pour se réchauffer, etc. » En 2009, la même équipe de recherche avait conduit une étude coût-bénéfices dans le même lieu d'accueil, qui avait montré que le programme Housing First de Seattle avait permis d'économiser 4 millions de dollars de fonds publics.

Sylvaine VILLENEUVE

Mots clefs associés : Personnes SDF    Addiction    Un chez soi d'abord   
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