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L'Espace Charenton

L'Espace Charenton : lieu d'accroche en matière d'accès aux soins

L'accueil de jour innove dans la gestion de la consommation d'alcool

Le 10 avril 2018 | Actualités - Actus à la Une -

Financé et voulu par la RATP, l’accueil Charenton accueille les personnes les plus isolées rencontrées en maraude dans le métro parisien. Sur place, l'association Emmaüs Solidarité est porteuse et gestionnaire de la structure. Elle travaille en collaboration étroite avec Aurore sollicitée pour une action santé intégrée dans l'accueil.

Un espace d’accueil de jour pour les personnes isolées vivant dans le métro parisien

Chaque jour, 35 personnes sans abri, volontaires, sont accompagnées par le Recueil Social de la RATP jusqu'à l'espace d'accueil Charenton, au 45 rue des Bordeaux. Le centre, ouvert de 7h à 23h tous les jours, propose aux personnes sur place des prestations quotidiennes : trois repas par jour, l’accès à un vestiaire et à des douches, une laverie, une salle de repos. En plus de ces indispensables, l'Espace Charenton organise des animations et des activités socialisantes - jeux de société, ateliers lecture... -  et donne un accès libre à une salle de jeux dans laquelle le babyfoot a beaucoup de succès.
 

"Souvent je vais m’asseoir dans le fumoir pour commencer à discuter, ça permet de désacraliser un peu la consultation psy qui effraie au premier abord."


Surtout, les personnes accueillies peuvent s’entretenir avec les professionnels présents. Initier le dialogue, c’est le travail effectué par tous comme l'explique Marie, psychologue : « Souvent je vais m’asseoir dans le fumoir pour commencer à discuter avec ceux qui s’y sont installés. Une fois que la glace est brisée, je leur propose de venir dans mon bureau. Tout ça permet de désacraliser un peu la consultation psy qui effraie au premier abord ». Elle se relaie avec Chloé dans le lieu.

 

Une action santé Aurore intégrée dans un accueil de jour

Pour faire vivre cet accueil, trois acteurs se partagent des rôles définis. La RATP finance la structure vers laquelle son Recueil Social accompagne les personnes qu'elle rencontre dans le métro parisien. Emmaüs Solidarité est gestionnaire de l'ensemble de la structure. Aurore se mobilise sur la dimension de l'accès aux soins.

C'est ainsi que Tiphaine, infirmière présente tous les jours, reçoit dès qu’elles en font la demande les personnes présentes dans la structure. Khaled, habitué des lieux, a besoin d’un pansement. Derrière lui, un autre homme se manifeste pour un problème de dent : « ici je soigne beaucoup de plaies et de douleurs du quotidien. Mais mon travail est beaucoup plus large, il consiste souvent en un relais vers le médecin ou vers l’hôpital, car nombreuses sont les personnes qui ont une pathologie sérieuse et chronique ». Elle évalue et coordonne avec Gilles, médecin présent à Charenton. Marie-magdala, auxiliaire de vie sociale (AVS) et Tristan aide médico-psychologique (AMP) interviennent dans l’accompagnement à la toilette et aux soins quotidiens dont peuvent avoir besoin certaines personnes accueillies.

 

Un démarche de réduction des risques

Né de l'observation des équipes, le nouveau projet développé à Charenton vient répondre à une problématique qui se posait avec régularité dans le parcours des personnes : « Au fur et à mesure de nos observations quotidiennes à Charenton, explique Julien Cornic, coordinateur de l'équipe Aurore, il est devenu évident qu’il fallait mettre en place quelque chose pour considérer le problème de la consommation d'alcool ; nous avons décidé de développer une accroche pour cette question d'addiction".

Le projet s’est construit en accord avec l'ensemble de l'équipe et les personnes accueillies. Un bilan individuel est effectué avec chacun des volontaires concernés par la problématique. Aucune interdiction de consommer n’est formalisée, le but est de « consommer autrement ».

En pratique, les personnes manifestant leur volonté de consommer de l'alcool sont orientées dans une petite salle, jouxtant l’espace d’infirmerie, en présence d’un professionnel du service. Pour Marie, psychologue, qui accompagne souvent ceux qui en font la demande, c’est un moment crucial : « quand on se pose avec la personne qui consomme, on entre dans une démarche plurielle. Il s’agit à la fois de ralentir la consommation en parlant, mais surtout d’échanger sur l’acte lui-même. Une grande partie de ceux qui consomment de l’alcool ne reconnaissent pas leur situation d’addiction ». La consommation se fait donc dans un verre, dans la volonté d'éloigner la prise à la canette qui accentue l'effet de consommation expresse, le but étant de prendre conscience de la consommation en temps réel.
 

"Quand on se pose avec la personne qui consomme, on entre dans une démarche plurielle. Il s’agit à la fois de ralentir la consommation en parlant, mais surtout d’échanger sur l’acte lui-même."


Et Julien est optimiste quant à l'avenir et aux résultats du projet naissant  : « Une majorité des personnes ayant des problématiques d'addiction à l'alcool a accepté de jouer le jeu. Ces volontaires nous confient leur bouteille et viennent vers nous quand ils souhaitent consommer. Ainsi, nous avons commencé à établir le dialogue sur un sujet qui jusque là était tabou. C'est donc un très bon début ! »

Cette expérimentation comprend également des temps en groupe de paroles, où peuvent être évoqués différents sujets de santé. Des bilans d'étape sont prévus avec un comité de pilotage interne à l'espace d'accueil intégrant les personnes concernées.

Voilà comment Aurore avec Emmaüs Solidarité expérimentent des nouvelles formes d'intervention.

 

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