Accueil > Pôle accueils, santé, précarité > La réduction des risques est un pilier de l'accompagnement des usagers de drogues
Illustration WP id=20178

La réduction des risques est un pilier de l'accompagnement des usagers de drogues

Le 15 octobre 2014 | Actualités -

La Journée Mondiale des toxicomanies, le 15 octobre, est l’occasion de revenir sur l’un des piliers des programmes d’accompagnement et de soins des usagers de drogues : la réduction des risques.

 

Histoire et enjeux de la réduction des risques aujourd'hui : prendre soin... avant le soin

En France, la politique publique de prévention des risques liée à l’usage de drogues s’est mise en place à la fin des années 80, dans le contexte du développement de l’épidémie de Sida, et du lourd tribut payé par les usagers de drogues. En effet, l’accès aux seringues, outil de l’injection d’héroïne, avait été précédemment limité, afin pensait-on de limiter les toxicomanies. En fait, cette limitation de l’accès au matériel d’injection a conduit à plus de partage de matériel, donc de contaminations, plus de mortalité, plus de douleur…. Les politiques publiques, aiguillonnées par les acteurs confrontés au sida, ont alors changé de mode d’action, pour introduire dans les pratiques des professionnels la proposition de traitements de substitution, la facilitation de l’accès aux seringues (1987, à l’initiative de Michèle Barzach, Ministre de la Santé), puis la mise en place de lieux d’accueil pour les usagers actifs, sans qu’il soit nécessaire pour y accéder de demander des soins, les futurs CAARUD (1).

Plusieurs initiatives verront le jour à cette époque, dont celle de l’association EGO – qui a rejoint Aurore en 2012 – qui voit le jour sous l’impulsion des riverains de la Goutte d’Or, souhaitant se mobiliser face aux nombreux morts parmi les usagers de drogues du quartier. Cela se traduira par la mise en place d’un programme d’échange de seringues afin de limiter les risques de transmissions de maladies infectieuses.

Depuis lors, les structures de réduction des risques se sont implantées seules ou articulées avec des CSAPA (2), ont proposé de nouveaux outils (comme le kit base, expérimenté depuis 2003 par l’équipe du Caarud Aurore-Ego, et distribué dans plusieurs services de réduction des risques), qui réduit les risques de transmission de l’hépatite C auprès des consommateurs de crack.

Le rapport de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanie (3), estime à 60 000 le nombre de personnes suivies en 2010 dans les structures de réduction des risques pour usagers de drogues, et 4,6 millions le nombre de seringues délivrées aux usagers par l’action des CAARUD, dont 600 000 par le biais de collaborations avec des pharmacies partenaires. Le nombre de seringues potentiellement récupérées s’élève en 2010 à 6,7 millions. Si le nombre de celles rapportées directement aux CAARUD a chuté, le nombre de containers distribués a plus que doublé, contribuant autant à la santé qu’à la sécurité publique.

Aujourd’hui, les défis des Caarud se situent dans l’adaptation aux évolutions des problématiques, des pratiques, des publics concernés par les addictions, dont une partie reste mal connue. Ainsi le projet de loi soutenu par Marisol Touraine, ministre de la santé, prévoit l’expérimentation d’une salle d’injection à Paris. Une réflexion est également en cours chez les professionnels quant aux conditions de faisabilité d’espaces de consommation dans certains CAARUD. Ces réflexions sont en cours au sein de l’Association Française de Réduction des Risques (AFR) qui tient ses journées du 15 au 17 octobre et auxquelles plusieurs services d’Aurore participent, comme à la Fédération Addiction, où un groupe de travail a déjà organisé plusieurs séminaires et rencontres sur cette question. Mais il faut surtout convaincre que cet accompagnent des usagers actifs d’une part ne s’oppose pas à la sécurité publique, et qu’au contraire il y contribue, et que d’autre part, qu’il constitue souvent le premier pas dans une restauration de la confiance en soi et en l’autre, qui permet de faire des projets, et de ne pas rester englué dans la répétition sans fin d’une addiction.

 

Rencontre avec les Caarud d'Aurore : faire le lien avec les personnes en situation d'addiction

Denis Pedowska, directeur des Caarud Aurore d'Aubervilliers et de Sevran et Léon Gomberoff, responsable des services Ego à Aurore nous parlent du fonctionnement de ces structures de réduction des risques.

Qui vient dans un Caarud ?

Denis : L'emplacement d'un Caarud influe généralement sur la population qui le fréquente. A Aubervilliers, où nous animons une petite équipe de prévention et de réduction des risques, il s'agit avant tout de consommateurs de crack, de femmes en situation de prostitution (qui ont des conduites addictives ou non). Au Caarud d’Aulnay/Sevran, il y a surtout une population qui s'injecte les produits (cocaïne, héroïne ou médicaments de substitution). Les usagers sont des migrants d'Europe de l'Est et/ou d'anciens consommateurs, quasiment SDF qui vivent dans le parc de l'hôpital juste à côté du Caarud et qui consomment parfois depuis 25 ans… . Ils sont particulièrement désocialisés. Parmi les migrants, certains sont parfois très jeunes et ont des pratiques souvent dangereuses car contrairement aux plus anciens, ils n’ont pas été touchés par les messages de réduction des risques diffusés depuis plus de 20 ans.

Léon : Au Caarud Step/Saint-Luc nous recevons surtout des consommateurs d'opiacés (dérivés d'opium comme l'héroïne, la morphine), nous accueillons également beaucoup de consommateurs de crack. Ce sont généralement les toxicomanes les plus désocialisés car leur consommation rompt tous liens en dehors de la drogue.  

Face à ce public que signifie "réduire les risques" ? 

Denis : L'objectif des équipes des Caarud est de réduire les contaminations VIH/VHC (virus de l'hépatite C) mais aussi les risques sociaux ou sanitaires, favoriser l’accès aux droits les plus fondamentaux comme l'Aide Médicale d'Etat (AME) ou la Couverture Maladie Universelle (CMU). C'est un travail long et parfois décousu car les personnes ont des situations administratives compliquées, peuvent être incarcérées un temps. Mais leur travail est surtout de favoriser un accès aux besoins vitaux primaires : alimentation, hygiène, toit pour dormir... et de rompre l’isolement des personnes toxicomanes.

Léon : Oui, il s'agit de recréer du lien avec les gens. Dans nos structures ils peuvent parler de drogue à n'importe quelle heure (STEP est par exemple ouvert à partir de 17h, des horaires mieux adaptés au rythme de vie des consommateurs), mais ils peuvent aussi ne pas en parler, et simplement passer du temps dans nos ateliers (ciné, jardinage, peinture, musique...) en ne s'envisageant pas seulement par le prisme de la drogue. On travaille beaucoup l'estime de soi, c'est la première étape vers le soin et la réduction de la consommation. On accepte que l'autre consomme, tout en le considérant comme une personne à part entière et pas seulement comme un « drogué ».  

Comment gère-t-on la question de la consommation dans un Caarud ?

Léon : Les gens ne peuvent pas consommer au sein du Caarud, les consommations de substances illégales sont tout simplement interdites par la loi. Certains essaient mais nous leur demandons de partir  Ils doivent donc sortir de la structure. Pourtant, si nous pouvions les accueillir pendant leur prise ce serait dans tous les cas un meilleur contexte qu'une injection dans un local à poubelle par exemple.

Se pose alors la question du voisinage, non ?

Léon : Bien sûr, et nous sommes en lien constant avec les habitants du quartier, puisque ce sont eux qui nous ont "créé ". Les usagers et les structures participent à la vie du quartier et nous faisons tout pour le préserver : on effectue des ramassages de matériel d'injection dans les rues avec les personnes accueillies et on essaie d'embellir la Goutte d'Or avec les usagers, par l'intermédiaire d'un projet de végétalisation du quartier.

Denis : A Aulnay/Sevran, nous avons entrepris un grand nettoyage du parc aux abords du Caarud, et au-delà. Depuis janvier, nous avons récupéré 7000 seringues. Il faut sortir de nos murs car même s'ils ne consomment pas à l'intérieur, on sait bien qu'ils le font pas très loin.  

L'objectif d'un Caarud n'est donc pas d'amener les personnes à stopper leurs consommations ?

Denis : Cela n'a pas de sens de parler d'abstinence à quelqu'un qui est plongé dans la drogue. Notre travail est d'amener la personne à prendre soin d'elle, ce qu'elle ne fait justement pas quand elle consomme. L'équipe l'accompagne pour qu'elle puisse prendre le moins de risques possibles. La vigilance et l'attention des professionnels permettent aux usager de se poser, de parler de leurs pratiques et éventuellement d’accéder aux soins en commençant par le soin de petites plaies par exemple ou les dépistages.  

Merci.

(1) CAARUD : Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction de risques pour Usagers de Drogues

(2) CSAPA : Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en addictologie

(3) Les CAARUD en 2010 - Analyse des rapports d’activité annuels standardisés ASA-CAARUD
Mots clefs associés : Addiction   
Lire aussi

Le Ferraillouz'band se raconte en images

"Explosion de couleurs" est le deuxième spectacle du Ferraillouz’band, formation de percussionnistes est composée de neuf résidents...

Concert et vide grenier aux SAVS

Le 24 juin, les Services d'accompagnement à la vie sociale d'Aurore, qui accueillent à Paris une centaine d'adultes ayant un handicap...

La campagne vécue dans les services

Comment les personnes en situation de précarité ont-elles vécu la campagne électorale ? Même sans accès au droit de vote, les...

Apte certifié au plus haut niveau par la HAS

A Bucy-le-Long (Aisne), le centre APTE d’Aurore, également appelé la Maison de Kate en hommage à sa fondatrice Kate Barry, propose...

Tous les articles sur ce thème