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Chronique d'une assistante sociale - n°1

Le 06 juillet 2012 | Actualités - Tribunes -

Chaque semaine et tout au long de l'été sur le blog d'Aurore, nous vous proposons de découvrir le quotidien et les questionnements d'une travailleuse sociale. Marie Sainte-Marie, assistante sociale depuis 38 ans, travaille à Aurore depuis 2001. Elle suit actuellement les personnes hébergées au sein de résidences sociales. Elle a voulu raconter ces rencontres professionnelles et personnelles qui la font réfléchir et qui la touchent.

Illustrations réalisées par Medhi Lecomte

Monsieur Frédéric

"J’ai rencontré un jour un élu avec qui je me suis copieusement engueulée. Il trouvait mon humanité mielleuse et ma mansuétude pleurnicharde. Mielleuse ? Parce que je suis souriante ? Pleurnicharde ? Sûrement pas !

Mansuétude et humanité sont pour moi des valeurs essentielles, vitales même. Toute la journée, à longueur d’année et depuis fort longtemps déjà, je rencontre, au niveau professionnel, des pas beaux, des pas gentils, des tordus, des malades, des paumés, des endettés, des expulsés, des sans papiers, des maltraités, des violents, des violés, des alcooliques, des toxicos, des dépressifs, des suicidaires… au masculin comme au féminin… je continue ou vous en avez assez ? Même pas la France d’en bas : celle qui est encore en dessous, celle des exclus.

Mon boulot, au-delà d’un appui technico-administratif destiné à les aider à sortir de la m…, consiste à rallumer en eux la petite flamme de vie et d’espoir qui va leur permettre de relever la tête et de reprendre les rames pour mener leur barque. La plupart d’entre eux se considèrent comme des sous-m… Mon objectif : rechercher en eux, n’ayons pas peur des mots, le merveilleux et pour cela, il est nécessaire de relever mes manches et de mouiller un peu ma chemise au début tellement c’est caché, tellement ils ont eux même oublié que cela existait quelque part tout au fond d’eux.

Indispensable de les considérer avec bienveillance, de leur renvoyer une image positive. Rien d’altruiste là dedans : c’est beaucoup plus facile de bosser avec des gens qui ont repris confiance en eux. Mais c’est vrai, je l’avoue, parfois il me faut beaucoup d’imagination pour ne pas me laisser envahir par leurs galères qui les tirent vers le bas, qui les ramènent vers ce qu’ils connaissent bien.

De l’énergie, et de la bonne humeur, il en faut un bon paquet pour les ranimer. Mais lorsque je réussis à les quitter en les ayant contaminés (pour combien de temps ?) avec mon sourire, je me dis qu’on a gagné un point sur la morosité, la tristesse, que leur « malheur » a un peu reculé et que ma journée a finalement été plutôt bonne. Même si, en me regardant dans la glace, je me rends compte que les valises qu’ils m’ont refilées sont venues se coller sous mes yeux !"

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