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Aurore participe à la conference de consensus pour la prévention de la récidive

Le 13 février 2013 | Actualités - Tribunes -

La conférence de consensus : "Prison, éviter la récidive", s'est ouverte pour deux jours. Les dizaines d'experts qui y seront auditionnés s'appuieront sur les travaux réalisés au cours des 5 derniers mois par les acteurs de terrain. Parmi eux, l'association Aurore, qui accueille depuis 1871 des personnes sortant de détention. Plusieurs professionnels de l'association, travaillant dans les structures spécialisées ont élaboré les propositions formulées par l'association ; voici leurs observations sur le public sortant de détention et la prévention de la récidive.   

 

La précarité, un trait commun aux détenus

"La plupart des personnes détenues ont eu des parcours d'errance. Leurs liens sociaux sont rompus ou distendus ; ils ont vécu des histoires familiales complexes, et souffrent d'une profonde solitude" explique Hélène Morfini, chargée de mission "Prison" à Aurore.

Ses 18 années d'accompagnement auprès des détenus lui permettent en effet d'établir ce constat, qui, en plus d'être partagé par les professionnels de la réinsertion, est corroboré par les données de l'administration pénitentiaire : plus de 11 % des personnes détenues se déclarent illettrées. De plus, à l’arrivée en prison, 17,5 % des entrants disent ne pas avoir de protection sociale, 5 % se déclarent sans abri, 10 % hébergés dans un domicile précaire (Source : Haut Comité de la Santé Publique).

Cette précarité et cet isolement qui ont pu contribuer au passage à l'acte sont également des facteurs favorisant la récidive. Sans droits, sans ressources, les sortants de détention non accompagnés sont fragiles, isolés et peuvent facilement répéter les actes qui les avaient amenés à la prison. C'est ainsi qu’Hélène Morfini raconte avoir accompagné une personne ayant écopé de 34 condamnations dont plus de 20 ont abouti à une incarcération de 3 à 18 mois.

"Les personnes détenues sont pour une grande majorité des « habituées » du milieu carcéral  : elles sont installées dans un quotidien avec lequel elles ont du mal à rompre[...]  d’où l’importance de rencontrer les personnes en détention le plus rapidement possible au moment de leur incarcération"- Extrait de la contribution d'Aurore à la Conférence de consensus  

La sortie, un moment clé

Pour Valérie Caulliez, chef de service du CHRS Soleillet qui a participé aux travaux d'Aurore pour la conférence : "les délits ou les actes criminels sont le symptôme d’une situation d’impasse. Or, la sortie de prison est un moment délicat et peut être un retour à cette impasse". Hélène Morfini rejoint sa collègue : "Les sorties sèches (sans préparation, sans solution d’hébergement), l'absence de droits et de ressources, la rupture de soins, notamment psychiatriques sont autant de facteurs qui fragilisent la personne et peuvent favoriser la récidive." Préparer la sortie, au cours de la détention, en élaborant un projet d'insertion semble donc essentiel.

C'est ce à quoi s'emploie depuis 1984, le centre Soleillet qui accueille des femmes sortant de détention. Chaque nouvelle entrée au centre est préparée à l'avance avec la détenue, grâce aux visites en détention effectuées par l'équipe. 38 places accueillent femmes seules ou avec enfants, sous différents régimes de libération (mise en liberté, sursis simple et/ou sursis avec mise à l’épreuve, libération conditionnelle, libération définitive) de permissions de sortie.    

 

Les alternatives à l'enfermement

Mais le CHRS expérimente également l'accueil de femmes placées sous surveillance électronique (et en placement extérieur) depuis 1 an. Pour Valérie Caulliez, et son équipe "tout ce qui peut éviter le séjour en détention doit être favorisé, mais en accompagnant la personne et en l'entourant d'un maillage partenarial solide". "On a beaucoup parlé du bracelet électronique (PSE). Mais il existe beaucoup d'autres aménagements de peine ou d'alternative à la détention : le placement extérieur -système d'aménagement de peine pour favoriser un projet d'insertion-, les Travaux d'Intérêt Généraux, les libérations conditionnelles", explique-t-elle.

- " La prévention de la récidive ne recouvre pas une réponse univoque. Elle doit tenir compte de multiples facteurs comme le type de l'infraction initialement commise, l'âge et le sexe de l'auteur, sa condamnation, son contexte de vie au moment des faits, (ses difficultés psychiques, familiales, professionnelles)" - Extrait de la contribution d'Aurore aux questions de réinsertion.

"Il faut donc veiller à proposer un panel de solution et ne pas tout miser sur les bracelets électroniques" , insiste la chef de service. Pour Hélène Morfini, c'est sur les conséquences d'un changement profond des pratiques en matière de Justice qu'il faut être vigilant : "Si les peines en milieu fermé peuvent diminuer à terme, la précarité, elle, restera la même. Plus les peines alternatives à l'incarcération, en milieu ouvert se multiplieront, plus les demandes d'hébergement et d'accompagnement social seront nombreuses." C'est donc pour ne pas mettre en échec une future réforme qu'ils appellent de leurs voeux, que les professionnels de la réinsertion suivront attentivement les débats de ces prochaines heures. Les jurés de la Conférence rendront quant à eux leurs conclusions et leurs propositions au cours de la semaine du 18 février.

>> Cliquez ici pour connaître le rapport du jury de la conférence de consensus <<  

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