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Une file de passagers à l'aéroport international Bandaranaike, au Sri Lanka ©Lakruwan Wanniarachchia/AFP

L'exil de Tharushi

Témoignage de Tharushi, réfugiée Sri Lankaise accueilli par Aurore à Aurillac

Le 10 août 2014 | Actualités - Témoignages -

L'immigration n'est pas toujours liée, loin de là, à des conditions économiques. Elle peut aussi être politique. C'est le cas pour Tharushi (nom d'emprunt) et sa famille, qui ont dû fuir le Sri Lanka en 2012. Elle raconte sa difficile arrivée en France, et comment les choses se sont améliorées depuis deux ans, grâce notamment au dispositif "Un toit un emploi" d'Aurore à Aurillac.

Je m’appelle Tharushi, j’ai 44 ans et je viens du Sri Lanka. Mon fils Kasun et moi sommes arrivés en France il y a deux ans pour y retrouver mon mari, Lahiru.

 

J'étais professeure, mon mari journaliste

 

Au Sri Lanka, nous avions une belle vie : j’étais professeure d’anglais, mon mari était journaliste et mon fils, qui a aujourd’hui 12 ans, étudiait dans une école internationale. Nous vivions dans une grande maison avec mes parents, qui s’occupaient de mon fils quand Lahiru et moi partions travailler.

Mais là-bas, la situation politique est très compliquée. Depuis des années, il existe un conflit entre les ethnies cingalaises et tamoules. Cette situation fait que les journalistes srilankais subissent beaucoup de pressions. Malheureusement, mon mari n’a pas été épargné : en 2009, il a dû fuir le pays. Il est resté six mois en Inde puis est arrivé en France, où il a obtenu le statut de réfugié politique.

Mon fils et moi sommes restés au pays, avec mes parents. Mais quelques temps après, la situation s’est encore dégradée et nous a forcé à fuir à notre tour.

Nous sommes arrivés en France en avril 2012, alors que mon mari Lahiru était hébergé par des compatriotes. Deux mois plus tôt, il avait rencontré Monique, conseillère en économique sociale et familiale à l’association Aurore, et a ainsi pu bénéficier du RSA en tant que réfugié.

 

Hôtels sociaux et marchand de sommeil

 

Mais au début, ça a été très difficile. Pendant plusieurs mois, nous avons multiplié les allers-retours en hôtels sociaux. Mon fils avait alors 10 ans et vivait très mal la situation, il n’arrêtait pas de pleurer et nous demandait sans cesse de rentrer au Sri Lanka. Comme nous n’avions pas de domiciliation, nous ne pouvions même pas l’inscrire à l’école.

Heureusement, en octobre 2013, nous avons finalement pu être hébergés chez des amis à Argenteuil. Cela nous a permis d’inscrire Kasun en classe d’intégration pour qu’il apprenne le français, pendant que nous cherchions, avec l’aide de Monique, une solution d’hébergement plus durable. Nous avons également fait une demande de logement social, qui n’a rien donné.

Un an plus tard, nous nous sommes donc à nouveau trouvés sans domicile. Pour le bien-être de notre fils, nous avons donc été forcés d’accepter la proposition d’un "marchand de sommeil", comme on dit. Pendant un an, nous avons partagé avec une autre famille un tout petit deux pièces à Puteaux, pour lequel chaque famille devait verser 550 euros de loyer et 100 euros de charges mensuelles.

Il ne nous restait quasiment plus rien pour vivre, et nous dépendions des restaurants sociaux pour nous alimenter. Mais cela a quand même permis à Kasun de rentrer en classe de 6e dans un collège du quartier.

 

Je veux que la France devienne notre pays, un pays qu'on aime

 

Alors quand Monique nous a parlé du dispositif d’Aurore à Aurillac, nous avons tout de suite été enthousiastes. Il s’agit d’un partenariat avec le bailleur Polygone, qui propose des logements sociaux aux familles suivies par Aurore qui, comme nous, vivent en région parisienne mais n’ont pas de logement. Il est très difficile d’avoir un logement à Paris, alors que certaines villes de France manquent d’habitants.

Et puis Aurillac est une petite ville où tout le monde se connait : ici, on sera amenés à se mélanger, à rencontrer nos voisins et donc à améliorer notre français. Et puis c’est drôle mais cette région, avec ses montagnes et ses forêts, nous fait beaucoup penser au Sri Lanka !

Pour nous aider à prendre une décision définitive, des travailleurs sociaux d’Aurore - et surtout Monique - nous ont amenés à Aurillac en avril dernier. Le but était d’y passer deux jours pour savoir si on se projetait, mais aussi d’identifier les services locaux d’accompagnement social.

Cette visite nous a rassurés, et on a donc pris la décision de déménager à Aurillac. Mais on a attendu que l’année scolaire soit finie, pour que Kasun puisse finir son année de 6e normalement. Nous voulons à tout prix qu’il ait enfin une vie stable.

Nous avons finalement emménagé le 11 juillet 2014. Pour l’occasion, Monique et Manu, assistant social à Aurore, nous ont accompagnés pour nous aider à prendre nos marques. Ils étaient présents lors de notre rendez-vous avec le CPE du nouveau collège de Kasun, et ils l’étaient aussi quand on a reçu les clés et signé le bail de notre appartement. C’est un trois pièces avec balcon, tout neuf et bien aménagé, et Kasun a maintenant sa propre chambre ! Et ce pour un loyer presque six fois moins cher que celui de l’appartement de Puteaux.

Grâce au suivi de Monique et à cet appartement, nous avons à nouveau de l’espoir et des projets. Pour ma part, je veux apprendre le français, je le dois, c’est très important. Ensuite, je voudrais trouver du travail, en tant que baby-sitter, femme de ménage… peu m’importe. Mon mari, lui, collabore à distance pour un média sri lankais et il est également bénévole pour Reporters Sans Frontières.

 

Je ne sais pas ce qui va se passer, mais une chose est sûre : c’est une nouvelle vie, que j’aimerais continuer à vivre en France. Je veux que Kasun grandisse ici, que la France devienne son pays. Un pays qu’on aime.

 

 

 

 

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