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Ca ne coûte pas plus cher de mieux héberger !

Alternatives à l'hôtel

Le 04 avril 2017 | Actualités - Actus à la Une -

Les conditions de vie en hôtels sociaux ont tendance à entretenir la précarité des personnes. Depuis plus de deux ans, Aurore s’est donc donné pour objectif de faire mieux, sans dépenser plus.450

Une mise à l’abri, mais pas d’accompagnement

C’est avec un grand sourire que Madame Stoica nous invite dans l’appartement où elle habite avec son mari et ses trois enfants. Dans ce logement mis à leur disposition par Aurore dans le cadre de son dispositif d’accueil d’urgence pour familles, les Stoica vont enfin pouvoir se poser après six années passées d’hôtels en hôtels, et parfois à la rue.

Toutes les nuits en Ile-de-France, 80 000 personnes sont hébergées dans des structures d’urgence. Parmi elles, près de 34 000 sont placées à l’hôtel par le Samu Social, dont 95 % de familles, souvent monoparentales. Crise financière, arrivée de nouvelles populations migrantes, saturation des centres d’hébergement classiques… Le recours à l’hôtel a explosé ces dernières années, multiplié par dix de 2004 à 2014.

« Aujourd’hui, l’Etat paye en moyenne 18 € par jour et par personne pour ces placements via le Samu Social. Ceci finance le « toit » et le petit-déjeuner mais pas l’accompagnement social des personnes » explique Julie Dollé, en charge au sein d’Aurore du développement d’alternatives. Un obstacle à l’insertion qui limite leurs perspectives et les maintient ainsi dans ces hôtels.

Près de la moitié des personnes hébergées en structures d’urgence sont accueillies à l’hôtel. 

Les conditions de vie dans ces établissements aggravent d’autant plus ce phénomène. Souvent les personnes mettent du temps avant de se fixer dans un hôtel, une mobilité qui a beaucoup d’effets pervers : « elle rend très chaotiques la scolarisation des enfants, l’insertion professionnelle des parents et complique énormément les démarches administratives, notamment les ouvertures de droits« . A ces obstacles à la réinsertion s’ajoutent des risques pour la santé des personnes, l’absence de cuisine dans la plupart des hôtels entraînant des phénomènes de malnutrition.

« Quand nous vivions à l’hôtel, toute la famille avait des problèmes de santé. Mes enfants étaient malades à cause du stress et de la faim, mon fils aîné avait tout le temps mal au ventre, tout ça a été très handicapant pour sa scolarité » témoigne ainsi Madame Stoica.

 

Faire Mieux, pour le même coût

« Est-ce qu’on pourrait faire mieux avec le même budget ? La réponse est oui ! » affirme Julie Dollé. « Avec 18 € par jour et par personne, nous pouvons également mettre en place des cuisines partagées, assurer la  présence de travailleurs sociaux et favoriser l’accès aux soins. » Sur ces questions de santé, la présence régulière de personnels soignant permettra d’effectuer les orientations et premiers diagnostics.

Engagée depuis plus d’un siècle dans la lutte contre la précarité et attentive aux évolutions du secteur, Aurore a ainsi pensé et mis en place un plan d’action, avec le soutien de ses partenaires privés et publics. L’idée est d’acquérir, grâce aux conditions financières actuelles particulièrement favorables aux prêts immobiliers, une trentaine d’établissements pour y proposer de meilleures conditions de vie et d’insertion à 5 000 personnes d’ici 3 ou 4 ans. « Offrir de la stabilité en ne coûtant pas plus cher à l’Etat, transformer une dépense sèche en un investissement dans les personnes, dans leur réinsertion » résume ainsi Julie Dollé.

Ainsi, la stratégie d’Aurore ferait intervenir trois acteurs : l’association elle-même, qui serait propriétaire d’un tiers des centres ; les bailleurs sociaux, qui rachèteront les établissements et les loueront à Aurore ; et enfin les investisseurs privés, sociétés et fonds d’investissement, qui procéderont de la même manière. Pour ces derniers, Julie Dollé précise que cela leur permettra de « réaliser un projet social qui ne soit pas un don mais plus une diversification des placements avec une logique éthique. » Un placement certes un peu moins rentable que d’autres, mais plus sûr au regard des financements publics d’Aurore, et doté d’une valeur sociale.
 

[CHU pour demandeurs d'asile d'Aurore au Pré-Saint-Gervais]

 

La dynamique est lancée

Aurore a pu acquérir en décembre dernier un établissement au Pré-Saint-Gervais (photo ci-dessus), qui deviendra sous peu le premier centre d’alternative à l’hôtel de l’association.

D’autres projets de ce type devraient bientôt voir le jour et le champ d’action est large : « Nous pouvons établir de telles structures dans d’anciens bureaux, maisons de retraites, modulaires… »

Transformer une dépense sèche en un investissement dans la réinsertion 

Des ouvertures de centres devant cependant répondre à plusieurs critères, pour le bien-être des personnes et le bon fonctionnement des structures. Ainsi, les établissements choisis seront proches des transports en commun pour favoriser les démarches physiques des personnes et ne pas les ostraciser. Il devront également avoir une capacité d’accueil suffisant à mutualiser les frais de fonctionnement en garantissant le budget établi de 18 €, tout en gardant une taille humaine favorable au vivre-ensemble.

Enfin, Aurore souhaite ouvrir de tels centres dans des territoires où l’association est déjà implantée. Ceci permettra d’une part de mutualiser les équipes soignantes, mais également de s’appuyer sur le réseau partenarial local pour favoriser les conditions d’installation des personnes et favoriser leur accès à un accompagnement pluridisciplinaire de proximité.
 

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